Quels sont les impacts de la COVID-19 sur les banques alimentaires ?

Frappées de plein fouet par la COVID-19, certaines banques alimentaires ont dû fermer leurs portes. Par conséquent, celles demeurant ouvertes ont été forcées de s’adapter à une augmentation explosive de la demande.  

Ce fut le cas pour Micheline Conseillant, fondatrice du Centre d’aide Nouveau Départ (CAND) dans le quartier Rosemont, qui a vu la demande d’aide alimentaire tripler depuis le début de la pandémie. Voulant faire œuvre utile dans sa communauté, Conseillant a mis sur pied une banque alimentaire depuis maintenant 2 ans. « Quand j’ai commencé, j’avais une trentaine de familles, mais maintenant, on a entre 150 et 160 familles chaque jeudi. » (Entretien téléphonique le 7 décembre)

N’ayant pas toujours assez de denrées pour servir tout le monde, Micheline Conseillant se voit dans l’obligation de refuser certaines personnes. « Des fois il y a tellement de monde qu’on n’est pas en mesure de pouvoir tous les aider et il y en a toujours qui viennent de d’autres organismes qui sont maintenant fermés. »

Crédit: Béatrice Guimont

Hausse des pertes d’emplois égale hausse de la précarité alimentaire?

À l’échelle du Québec, c’est plus de 450 000 emplois qui ont été perdus suite à la COVID-19 depuis mars. Il s’agit d’une baisse d’environ 10% du volume total de l’emploi dans la province (4 327 500 emplois en 2019). (Institut de la statistique du Québec- consulté le 9 décembre). Moisson Montréal partage sur son site que 567 000 demandes d’aide alimentaire sont comblées chaque mois depuis la pandémie. 

Michel Larcher, 27 ans, adjoint parlementaire pour le Bloc québécois, en sait quelque chose. Lorsque sa copine a perdu son emploi en suppléance en raison de la pandémie et que les demandes de traitement du chômage ont été suspendues pendant près d’un mois : ils n’avaient plus le choix que de se tourner vers les banques alimentaires.  « Il y avait beaucoup d’incertitudes quand même à savoir qu’est-ce qu’on fait. Je fais un salaire convenable, mais ce n’est pas avec 50 000$ par année que je peux faire vivre deux personnes et payer deux loyers en plus de mes dettes d’études », confie-t-il. (Entretien téléphonique 7 décembre) Sa situation continue d’être difficile à surmonter à ce jour. 

Crédit: Béatrice Guimont

Les banques alimentaires sont-elles en manque de bénévoles ?

Certains organismes d’aide alimentaire font face à une baisse du nombre de bénévoles. Or, il n’en est pas de même pour Micheline Conseillant qui a la chance d’avoir encore l’aide de son équipe d’avant la COVID-19. « Il y a pas mal de gens qui nous aident, même que plusieurs autres personnes sont venues nous demander si on avait besoin d’aide, mais avec les règles à suivre c’est compliqué. » 

Afin de respecter les restrictions sanitaires en tout temps, il n’est pas possible d’avoir plusieurs bénévoles. « Il faut faire très attention dans le local, l’espace est restreint », mentionne-t-elle.

Alexandre Paradis, président et fondateur de SOS Itinérance depuis six ans, abonde dans ce sens. « On ne manque pas de bénévoles, on est chanceux, mais on manque de places pour en avoir plusieurs en même temps si on veut respecter les règles ». (Entretien en présentiel le 9 décembre)

Durant l’année 2019-2020, environ 11 000 bénévoles ont travaillé auprès de l’organisme de bienfaisance Moisson Montréal, qui existe depuis 1984.

Crédit photo: Béatrice Guimont

 Quelle est la qualité des dons dans les banques alimentaires?

Larcher reçoit ses paniers par livraison, ou il va les chercher pour la somme de 5$ par panier chez l’organisme MultiCaf, situé à Côte-des-Neiges. Pour lui, la qualité des dons a grandement diminué depuis la pandémie. « Quand la pandémie est arrivée, je me suis mis à recevoir du chocolat et de la malbouffe. Je recevais des vieux fruits et légumes. Il y avait quelques plats congelés comme de la lasagne », énumère l’agent parlementaire. 

Déplorant le manque d’offre, il dit tout de même recevoir des aliments nutritifs qui les soutiennent chaque semaine. Il comprend que dû à la résurgence des demandeurs dans les banques, celles-ci peinent difficilement à fournir l’ensemble de la demande. 

MultiCaf dépanne jusqu’à 8500 personnes en moyenne chaque semaine. Ce chiffre a quintuplé depuis la pandémie. 

Et les paniers de Noël ?

Alors que Noël arrive à grands pas, les banques alimentaires se préparent à distribuer leurs paniers. À chaque année, des organismes tels que Moisson Montréal fournissent des paniers de Noël déjà préparés aux banques alimentaires. « Ils nous en envoient avec des petits biscuits secs et des petites gâteries et ensuite on va nous aussi ajouter des choses pour venir ajuster le tout », explique Micheline Conseillant. Des produits cosmétiques, des denrées non périssables et des jouets sont des exemples de ce qu’on peut retrouver dans des paniers de Noël.

En raison de la forte demande, Conseillant ne peut donner un panier à toutes les familles. Son équipe et elle ont donc dû faire des choix : entre des familles qui ont des besoins criants ainsi que des nouveaux arrivants. « J’avais demandé 160 paniers de Noël, mais ils n’ont pas été en mesure de nous en donner autant », précise-t-elle.

À ce sujet, Catherine Boyer, adjointe exécutive de Moisson Montréal, explique que les organismes sont conscients que Moisson Montréal ne pourra jamais combler la totalité de leurs besoins. « Il faut comprendre que les paniers de Noël sont marginaux comparé à la quantité de nourriture que nous donnons par semaine aux organismes. » (Entretien par courriel le 9 décembre)

Crédit photo: Béatrice Guimont

Qu’est-ce que l’insécurité alimentaire?

Selon une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), la pandémie a exacerbé les besoins de personnes déjà vulnérables à l’insécurité alimentaire. Celle-ci se résume à un accès inadéquat ou incertain aux aliments qui permettent d’assurer la santé et une vie active. C’est souvent intimement lié à un manque de ressources financières, soit transitoire ou épisodique. Ce manque peut se faire ressentir régulièrement, ou à chaque fin de mois. (INSPQ- consulté le 9 décembre).

Afin de répondre à la demande, Moisson Montréal a donné pour 17 millions de dollars de denrées cette année d’avril à octobre 2020 (64 millions de dollars en 2020 par rapport à 47 millions de dollars pour la même période en 2019), soit une hausse de 34,5 % par rapport à l’an dernier. Boyer mentionne que « tous les organismes ont reçu 30 % de plus de denrées que l’année dernière ». 

Michel Larcher se positionne sur la réalité qu’il côtoie, « les gens n’ont pas trop d’argent. On se ferme les yeux en s’endettant et en nous disant que tout ira bien. Cette réalité n’est pas viable. L’incertitude que provoque l’idée de vivre paie par paie n’est pas une réalité viable ». 

Sources:

https://www.lapresse.ca/actualites/2020-11-16/insecurite-alimentaire/les-nouveaux-visages-de-la-faim.php

https://www.inspq.qc.ca/publications/3027-pandemie-insecurite-alimentaire