Qu’est-ce que le Bauhaus ?

Tout a commencé à Weimar, au centre de l’Allemagne, avant la montée de l’extrême-droite au pays. C’est en 1919 que Walter Gropius décide d’ouvrir les portes de la Staatliches Bauhaus ou Bauhaus.

Tout en étant une école d’architecture et d’arts appliqués, le Bauhaus représente aussi un courant artistique concernant, entre autres, l’architecture et le design, la modernité, la photographie, le costume et la danse. Plusieurs ont entendu le mot « Bauhaus », mais peu de personnes pourraient en donner une définition. En allemand, bau signifie « bâtir », alors que haus veut dire « maison ». C’est ce que c’est, le Bauhaus, soit l’art de construire des habitats où l’on se sent bien et de les rendre accessibles à tous.

Entre 1919 et les années 1930, soit durant la République de Weimar, le Bauhaus a connu trois établissements différents. La première à Weimar, de sa fondation en 1919 jusqu’en 1924, alors que l’extrême-droite demande sa fermeture et la seconde à Dessau, à l’est de l’Allemagne. Les cours reprendront en 1925, et ce, jusqu’en 1932, à la suite d’une résolution des nazis demandant la dissolution du Bauhaus. La même année, l’école déménage dans une ancienne usine de téléphone berlinoise pour fermer ses portes près d’un an plus tard, après que la Gestapo, la police secrète d’État, ait mené plusieurs perquisitions au sein de l’établissement.

Elle rouvrira, mais sous plusieurs conditions. Par contre, la montée du populisme et de l’extrême-droite obligera plusieurs grands maîtres à s’exiler aux États-Unis.

38330611_303.jpg Deutsche Welle

Qui est Walter Gropius ?

Ayant été officier dans l’armée allemande durant la Première Guerre mondiale, l’architecte, designer et urbaniste Walter Gropius se rend compte de l’impact de l’industrie militaire sur la vie des hommes. Il imaginera cette école, le Bauhaus, qu’il qualifiera à ce moment-là d’utopique, c’est-à-dire une école qui voudrait vraiment remettre l’industrie au service de la population.

Il démissionne comme directeur du Bauhaus en 1928 et adhèrera, en 1933, à la Chambre de la culture du Reich fondée par Goebbels. À cette époque, il décide de s’inscrire et au concours de la Reichsbank organisé par le nouveau gouvernement hitlérien. Un an plus tard, Gropius conçoit, dans un style moderniste, la Maison du travail allemand à Berlin, qui lui sera un projet refusé par Adolf Hitler. Il déménage par la suite en Grande-Bretagne, tout en retournant à plusieurs reprises en Allemagne dans le but de rouvrir son école. Il s’envolera quelques années plus tard, en 1937, pour vivre le rêve américain. Il dirige alors la Graduate School of Design de l’Université Harvard.

En quelques décennies seulement, le mouvement bauhausien s’empare de l’Amérique.

view.jpeg T. Lux Feininger | Bauhaus-Archiv, Berlin

Pourrions-nous dire que le Bauhaus était une école et un mouvement féministe ?

Christina Contandriopoulos l’avoue ; elle n’est pas une spécialiste du Bauhaus ni du mouvement moderne. Par contre, elle s’intéresse plus particulièrement à retracer et à donner une place plus importante à la femme dans l’historiographie architecturale.

« Dans ce contexte-là, le Bauhaus m’interpelle et m’intéresse particulièrement, dit-elle, car le Bauhaus est la première école d’architecture officiellement ouverte aux étudiantes allemandes. »

Parmi les choses que Walter Gropius souhaite transformer, il y a les hiérarchies sociales et les barrières entre les hommes et les femmes.

« Aujourd’hui, nous sommes arrivés à la parité des sexes à Montréal, lance la professeure d’histoire de l’art. Il y a tellement de femmes designer, architecte, et c’est clair que ces jeunes femmes du Bauhaus ont été et restent un modèle pour les Montréalaises qui baignent dans le domaine. »

Ces femmes sont Gunta Stozl, Annie Albers, Marianne Brandt, Alma Siedhoff-Busche Katt Both, notamment.

Capture d’écran 2019-09-19 à 09.23.01.png Le Devoir

Où retrouve-t-on l’architecture bauhausienne à Montréal ?

Christina Contandriopoulos affirme qu’il est possible de trouver des influences du Bauhaus dans notre environnement bâti, puisque le mouvement marque « le début du design industriel moderne et de la préfabrication », comme le mur-rideau, qui caractérise, entre autres, les façades de la Place Ville-Marie, au centre-ville de Montréal.

Outre la Place Ville-Marie, du duo d’architectes Ieoh Ming Pei et Henry N. Cobb, d’autres grands édifices modernes de Montréal ont reçu la touche bauhausienne, comme la tour de la Bourse, la tour CIBC et le complexe Westmount Square, signé Mies van der Rohe. Ce dernier a dirigé l’école du Bauhaus à Dessau puis à Berlin.

« Dans les quartiers résidentiels de Montréal, on y trouve aussi des exemples de maisons unifamiliales blanches au style épuré, avec des fenêtres en bandeaux, des garde-corps tubulaires métalliques, influencées par la maison des maîtres de Gropius à Dessau », précise la professeure.

pavillon_design_6152.jpg Actualité UQAM

Est-ce que l’enseignement bauhausien se donne toujours aujourd’hui, à Montréal ?

« Tout à fait », répond Christina Contandriopoulos, et plus précisément à l’École de design de l’UQAM. Elle affirme que l’enseignement est directement lié au modèle pédagogique du Bauhaus. Le pavillon de l’école de design de l’UQAM, construit en 1995 par Dan Hanganu, le même architecte derrière le Musée Pointe-à-Callière, et situé sur la rue Sanguinet, est inspiré par le Bauhaus.

L’école de design de l’UQAM était un peu éparpillée partout à Montréal. C’est alors qu’un projet a été mené pour regrouper les différentes disciplines en design dans le but d’ouvrir une seule école donnant pignon sur rue, « le tout en gardant un esprit bauhausien ».

« Le Bauhaus en 1919 voulait réunir toutes les différentes disciplines, dit-elle. L’école de l’UQAM est vraiment basée sur cet esprit-là. À mon avis, c’est une influence déterminante de cette école à Montréal et de cet enseignement basé sur l’atelier et la pratique. »

GropiusBauhaus.jpg Bauhaus de Dessau, dans les années 20

Quelles sont les répercussions de ce mouvement artisitique et architectural ?

Selon Contandriopoulos, il y aurait du travail de recherche à faire pour retracer « avec attention » les influences du Bauhaus à Montréal, mais pas au niveau du patrimoine bâti, « mais plutôt comme modèle pédagogique et mouvement intellectuel ». Il faudrait retracer les architectes montréalais qui ont été formés par les professeurs du Bauhaus, comme Walter Gropius, qui se sont exilés aux États-Unis à la fin des années 1930, en raison de la Seconde Guerre mondiale.

« Il y a plusieurs architectes d’ici qui ont été formés par ses grands maîtres », dit-elle, en précisant que ces enseignants utilisaient des modèles pédagogiques expérimentaux basés sur la créativité avec des modes de pratiques « très collégiaux qui célébraient vraiment la créativité des étudiants ».

En entrevue au Devoir, Francine Vanlaethem, présidente et fondatrice de Docomomo Québec, qui documente l’architecture moderne, rappelle que le Bauhaus est fondamental « parce qu’il révolutionne l’enseignement de l’art, du design, de l’architecture, résume Montréal aussi a été marquée fondamentalement par ce nouveau paradigme pédagogique ».

Sources photos

https://www.bauhaus-dessau.de/en/history/unesco-world-cultural-heritage.html
https://www.dw.com/en/ingenious-minds-the-bauhaus-artists-whose-designs-became-icons/a-44876363
https://www.lapresse.ca/maison/architecture/201905/15/01-5226221-comment-le-bauhaus-a-change-votre-vie.php
https://www.kodem.ca/fr/projets/evaluation-du-projet-westmount-square/

Autres sources

https://www.creativebloq.com/inspiration/the-impact-of-bauhaus-on-modern-culture
https://www.telerama.fr/sortir/ces-artistes-du-bauhaus-qui-ont-flirte-ou-pire-avec-les-nazis,149646.php
https://www.ledevoir.com/culture/560855/a-montreal-l-esprit-bauhaus-souffle-dans-le-design-les-immeubles-et-surtout-les-ecoles-de-formation-des-createurs
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1010753/place-ville-marie-embleme-montreal-tour-architecture
https://www.lecho.be/sabato/architecture/ces-femmes-inconnues-qui-ont-permis-au-bauhaus-de-devenir-grand/10122480.html
https://www.goethe.de/ins/ca/fr/kul/cfo/bau.html
http://plus.lapresse.ca/screens/5563cf61-cc01-4c6b-9145-a105f19c1e31__7C___0.html
https://www.ledevoir.com/culture/560768/tel-aviv-et-ses-4000-immeubles-d-inspiration-bauhaus

Auteurs/autrices