1. Comment la LHJMQ a-t-elle modifié ses règlements pour limiter le nombre de bagarres dans la ligue?

Au début du mois d’octobre, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) a annoncé un renforcement de ses règlements concernant les bagarres. Après un premier vote réfractaire deux semaines auparavant, les 18 propriétaires des équipes du circuit ont accepté certaines mesures visant à limiter le nombre de combats sur la glace. En plus de se faire décerner une pénalité de 15 minutes s’ils laissent tomber les gants ー dix de plus que la sanction infligée dans les autres ligues canadiennes ーles joueurs de la LHJMQ seront suspendus une partie à chaque fois qu’ils auront accumulé trois batailles dans la saison. De plus, les bagarres dites planifiées seront passibles d’une suspension automatique de deux matchs. « Je pense que c’est un bon compromis, estime le chroniqueur sportif de La Presse spécialisé sur la question Alexandre Pratt (Entretien téléphonique, 6 octobre 2020). Les entraîneurs à qui j’ai parlé pensent que ça va être dissuasif. » 

Photo: La Presse Canadienne

  1. Quel rôle a joué le gouvernement du Québec dans cette nouvelle réglementation?

Un facteur a aussi accéléré cette prise de décision: la ministre déléguée à l’Éducation et responsable du loisir et du sport, Isabelle Charest, a promis une subvention partagée de 20 millions de dollars entre les 12 équipes québécoises de la LHJMQ pour pallier l’absence de spectateurs dans les gradins en raison de la pandémie de COVID-19. En retour, la ligue, menée par son commissaire Gilles Courteau, devait poser des gestes concrets pour réduire le nombre de bagarres.

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  1. Qui sont les lobbys qui luttent contre l’abolition des bagarres dans le hockey junior?

Lors du premier vote tenu par la LHJMQ, 10 des 18 propriétaires sondés se sont opposés au concept de réduire le nombre de bagarres. « Ce sont principalement les propriétaires d’équipe qui aiment les bagarres, avance Pratt. C’est aussi plus populaire dans certains coins que d’autres, il y a des spectateurs qui aiment ça. » Généralement, il estime toutefois que cette tendance s’est renversée. « Je ne pense pas que les gens vont encore voir du hockey junior pour voir des batailles, comme c’était peut-être le cas dans les années 1980. » La Ligue nationale de hockey (LNH) pourrait aussi s’opposer à l’interdiction des batailles dans la LHJMQ, puisque cela pourrait « créer un précédent » dans l’une de leurs ligues affiliées.

Plusieurs joueurs défendent aussi encore les bagarres au niveau junior, comme le témoigne l’ex-joueur de la LHJMQ Yan-Pavel Laplante (Entretien téléphonique, 7 octobre 2020). Selon lui, elles permettent de bien se préparer pour les rangs professionnels. « Si un jeune qui ne s’est jamais battu fait une grosse mise en échec sur un gars de 30 ans doit répondre de ses actes, ça peut être dangereux », affirme celui qui estime avoir jeté les gants à 35 reprises dans les rangs juniors

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Photo: Félix Desjardins
  1. Quels sont les arguments pour l’abolition des bagarres dans le circuit Courteau? 

Les trois principaux circuits juniors au Canada partagent une réalité unique dans le monde du hockey, selon le docteur en psychologie du sport Sylvain Guimond (Entretien téléphonique, 6 octobre 2020). « Il y a des adolescents, encore mineurs, qui jouent contre des hommes de 20 ans. Entre 16 et 20 ans, beaucoup de choses se passent dans la vie d’un jeune, il y a une grande différence de maturité. »

L’argument principal contre les bagarres relève de la sécurité et de la santé des jeunes, qui sont susceptibles de subir des commotions cérébrales. Vulgarisées comme des « ecchymoses au cerveau » par le Dr Guimond, celles-ci peuvent avoir des effets dévastateurs sur la santé mentale. « Les symptômes et conséquences d’une commotion cérébrales peuvent être cumulatifs, explique-t-il. Elles font perdre de l’efficacité au niveau neuro-électrique du cerveau. L’athlète qui se trouve dans cette situation-là a des symptômes handicapants dans la vie de tous les jours. » 

Ancien attaquant de puissance s’étant battu à 202 reprises dans la LNH, Ian laperrière (entretien téléphonique, 7 octobre 2020) est bien placé pour faire écho des difficultés psychologiques qu’amènent le mode de vie d’homme fort au hockey. Il se rappelle entre autres d’un match contre les Blackhawks de Chicago, où il avait laissé tomber les gants en fin de partie. « Après le match, je me suis réveillé au milieu de la nuit avec les points dans les airs. Ça démontre le stress que j’avais en moi », témoigne-t-il.

Combat de Ian Laperrière durant sa dernière saison

5. Quelle est l’utilité des bagarres dans le hockey amateur et professionnel? 

Sur ce point, les opinions divergent. D’un côté, les défenseurs du hockey moderne, basé sur les habiletés et la vitesse plus que la robustesse, jugent que les combats ne sont plus utiles pour le bon déroulement du sport. De l’autre, on retrouve les adeptes de la vieille école, ceux qui jugent que le hockey est un sport robuste et que les combats amènent un équilibre nécessaire. Yan-Pavel Laplante juge que les bagarres sont utiles pour tempérer les esprits lors des parties: « On s’en vient quand même en patin à 30 ou 40 kilomètres/heure, on se plaque, il y a des cheap shots. Si un gars se fait frapper dans la bande et que personne ne le défend, peut-être qu’il y aura d’autres gestes similaires qui se produiront », explique le jeune homme de 25 ans, aujourd’hui retraité en raison d’une blessure lors d’un combat. 

Même s’il considère qu’il est de la « vieille école de pensée », Ian Laperrière juge que les bagarres sont seulement pertinentes quand elles servent à défendre un coéquipier. « Elles sont utiles pour garder les joueurs honnêtes, résume-t-il. Les combats planifiés, quand les joueurs arrivent à la mise au jeu et jettent les gants, ça n’a vraiment plus sa place. »

Photo: Félix Galli

  1. Y a-t-il moins de coups salauds dans les ligues où les bagarres sont interdites?  

La plupart des autres ligues à travers le monde interdisent les bagarres. Que ce soit en Europe ou au niveau universitaire aux États-Unis, les joueurs qui font entrave au règlement sont automatiquement expulsés et suspendus pour la partie suivante. Alexandre Pratt remarque d’ailleurs que l’absence de combat ne nuit pas à la « propreté » du sport dans ces ligues: « Dans la LNH, les batailles sont permises et il y a plus de coups salauds que dans les compétitions internationales. Nulle part ailleurs dans la société, on permet que deux adolescents se battent devant des gens. Mais en plus, ils sont à mains nues, sur patin. C’est surréaliste », conclut-il.

Sources: 

https://www.ledevoir.com/sports/587002/lhjmq-les-bagarres-sanctionnees-plus-severemen t https://www.lapresse.ca/sports/hockey/2020-09-22/la-lhjmq-coincee-entre-les-bagarres-et-les-subventions.php