Comment la pandémie a-t-elle affecté l’utilisation de l’argent comptant? 

La pandémie de la Covid-19 a eu un impact significatif sur plusieurs facettes importantes de l’économie. De la fermeture de certains commerces jusqu’aux subventions et prestations d’urgence, nos habitudes de consommation ont été chamboulées. Cela inclut aussi la manière dont nous payons nos différents achats. En 2018, un sondage de la Banque du Canada auprès de petites à moyennes entreprises (PME) révélait que le tiers des PME au pays refusait le paiement par carte de crédit ou débit. Le COVID-19 étant transmissible par les surfaces, la plupart des commerces ont arrêté d’accepter l’argent comptant en 2020, dans un effort de réduire les contacts avec les clients. Cette tendance n’était pas une recommandation officielle du gouvernement, mais bien le choix personnel des différents commerçants. « Il revient au vendeur de déterminer quels modes de paiement il accepte. Aucune loi n’oblige qui que ce soit à accepter des billets de banque ou tout autre mode de paiement pour régler une transaction commerciale », explique Amélie Ferron-Craig, consultante en relation avec les médias pour la Banque du Canada, dans une entrevue accordée au quotidien Le Droit

 Mont-Tremblant

Quels sont les arguments pour le maintien de la circulation d’argent comptant?

Bien que l’utilisation de l’argent comptant soit en importante diminution depuis plusieurs années, elle demeure très répandue dans certains secteurs d’activité. Chez les personnes à revenu faible, l’utilisation de l’argent comptant est beaucoup plus élevée que la moyenne de la population, selon Paiement Canada. Anne Butler, vice-présidente de l’organisme, note dans une entrevue accordée à La Presse en 2018 que l’argent comptant est encore très utilisé dans les petits commerces et les régions plus rurales, « en raison, notamment de leur accès moindre aux technologies de paiement électronique aux points de vente. » Pour Geneviève Vallé, du service de la monnaie de la Banque du Canada, l’emploi de l’argent comptant « n’entraîne, pour les consommateurs et les marchands, qu’un faible coût en temps de paiement. Il demeure plus rapide de payer en argent comptant que par carte de crédit ou de débit », explique-t-elle dans une étude sur les temps de paiement chez les détaillants publiée en 2018. Il serait donc permis de croire que plusieurs strates de la société ne seraient pas favorables à une disparition éventuelle de l’argent comptant.   

Félix Galli

Quels sont les arguments pour le retrait de l’argent comptant de notre économie? 

Plusieurs arguments démontrent les nombreux bénéfices d’une éventuelle disparition de l’argent comptant. Pour les restaurateurs par exemple, l’usage des paiements électroniques entraînerait une diminution des coûts de gestion de l’argent comptant ainsi que la sécurisation de celle-ci. Les commerces n’auraient donc plus à payer pour des services de transport d’argent comptant, qui acheminent l’argent jusqu’aux banques.  La disparition de l’argent comptant diminuerait aussi le risque de cambriolage pour les petits commerces, comme les dépanneurs par exemple. Le service de police de la ville de Montréal indiquait d’ailleurs au mois de mars avoir enregistré une augmentation de 24% des cambriolages dans ce type de commerce entre 2017 et 2019. De plus, il serait beaucoup plus facile pour les autorités fiscales de suivre la trace des transactions effectuées, ce qui pourrait aider à réduire la fraude bancaire, les paiements en dessous de la table et le blanchiment d’argent. 

Félix Desjardins

Quel est l’impact du blanchiment d’argent sur l’économie canadienne?

Selon le rapport annuel sur le blanchiment d’argent et la fraude au Canada, publié par le Service canadien de renseignements criminels (SCRC), jusqu’à 100 milliards de dollars auraient été blanchis par des groupes criminels au pays en 2019. Bien que la cryptomonnaie soit de plus en plus populaire et que le Bitcoin a récemment atteint sa plus haute valeur, il ne s’agit pas encore d’une méthode de paiement commune dans les commerces et démocratisée; le blanchiment d’argent passe encore essentiellement par l’argent comptant provenant du marché noir. Selon le site du gouvernement du Canada, la fraude et le blanchiment d’argent coûteraient des millions de dollars aux Canadiens chaque année.

 Paolo Lucchesi

Les Canadiens sont-ils enclins à l’abolition de l’argent comptant?

Dans un rapport publié en 2018 après avoir sondé les consommateurs canadiens sur leur relation avec l’argent comptant, la Banque du Canada a conclu que seulement 36% de la population percevrait sa disparition comme non problématique. Toutefois, seul le cinquième des Canadiens verraient l’argent comptant comme très important ou essentiel. Parmi les raisons citées pour justifier l’importance de celui-ci, on peut noter la budgétisation, les situations d’urgence, mais surtout son utilisation lorsque les autres méthodes de paiement sont refusées. Selon ce même sondage, la proportion de gens qui voient l’abolition de l’argent comptant comme problématique est beaucoup plus importante chez les plus de 55 ans (50%) que chez les 18 à 34 ans (37%). Le même clivage s’observe en comparant les gens qui n’ont qu’un diplôme d’études secondaire (52%) et les gens qui ont une éducation universitaire (39%). 

Getty

Peut-on s’attendre à une disparition imminente de l’argent comptant?

Bien que les données de la Banque du Canada prouvent que les Canadiens délaissent de plus en plus l’argent comptant et que la pandémie de COVID-19 a obligé les PME à diversifier leurs méthodes de paiement acceptées, la disparition de l’argent liquide est loin d’être imminente. « Malgré la pandémie (…) l’argent reste un mode de paiement populaire au Canada, affirme Mme Ferron-Craig (entretien par courriel, 8 décembre 2020). Il s’agit d’un mode de paiement sûr, résilient, peu coûteux et universellement accessible. » Elle note aussi qu’il y a eu une augmentation de l’argent comptant en circulation pendant la pandémie, laissant comprendre que la « ruée vers le plastique » n’est pas pour demain.

SOURCES:

https://www.banqueducanada.ca/wp-content/uploads/2020/07/sdp2020-6fr.pdf

https://www.banqueducanada.ca/wp-content/uploads/2020/08/sdp2020-8.pdf

https://www.cpacanada.ca/fr/nouvelles/magazine-pivot/2019-07-03-jose-hernandez-blanchiment-argent

https://www.journaldemontreal.com/2020/10/20/100-milliards-blanchis-en-2019

https://cisc-scrc.gc.ca/media/2020/2020-09-28-fra.htm

https://www.ledroit.com/affaires/quel-avenir-pour-largent-comptant-6b8dc7e30eada223b6fb36390483ced6 https://plus.lapresse.ca/screens/6375f1b9-1bb2-4534-a1ec-d04707d071c2__7C___0.html