Crédit photo: Nina-Rose Cassivi

Qu’est-ce qui distingue un graffiti légal d’un graffiti illégal?

Pour qu’un graffiti soit réalisé de manière illégale, il doit être à un lieu non autorisé comme des édifices privés ou du mobilier urbain. « On parle de graffitis illégaux aussitôt qu’on a une plainte quand c’est fait sur une propriété privée et c’est ce qu’on appelle un méfait au code criminel », précise Donald Guillemette, policier patrouilleur à la Ville de Sherbrooke (entrevue effectuée en personne avant la pandémie).

Or, des municipalités peuvent désigner des « murs légaux » pour permettre aux artistes de créer des graffitis de manière légale. Au Québec, huit murs légaux sont à la disposition des graffiteurs, dont cinq qui se retrouvent sur l’île de Montréal. Quant aux trois autres, ils se situent à Sherbrooke, Québec et au Saguenay.

Crédit photo: Nina-Rose Cassivi

Quels sont les risques du graffiti illégal?

Quand un graffiti est effectué sur un mur illégal, le cas sera traité par la loi tel un méfait ou un acte de vandalisme. Le graffiteur peut être appelé devant les tribunaux et avoir une amende. Par exemple, les amendes pour les graffitis effectués dans l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie peuvent atteindre 1000$ et 5000$ pour l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, en plus d’une possible imposition de travaux communautaires. De plus, un graffiteur illégal risque une peine d’emprisonnement qui peut aller jusqu’à deux ans, voire 10 ans selon la valeur de l’édifice touché.

Crédit photo: page Instagram de Gaulois

Pourquoi faire un graffiti de manière illégale quand il existe des murs légaux?

« C’est pour avoir ton shoot d’adrénaline que tu pratiques le vandalisme », confie Hozek, un graffiteur français basé à Montréal (entrevue effectuée en personne avant la pandémie). Même si le graffiti occupe une place importante dans son quotidien, Hozek se considère comme un artiste multidisciplinaire. C’est d’ailleurs en vendant ses oeuvres peintes sur des toiles qu’il peut vivre de son art. Or, Hozek associe le graffiti illégal à la nostalgie de ses premières années en tant qu’artiste de rue. « C’est pour te sentir comme quand tu le faisais dans les premières années. Ça fait pas mal de temps que j’en fais alors du coup c’est assez par nostalgie que je fais du vandalisme entre amis », admet-il.

Gaulois, un graffiteur montréalais confirme, tout comme Hozek, que c’est pour le goût du risque qu’il tourne le dos aux murs légaux pour peindre ses murales : « Les sensations qu’on ressent quand on peint vient du fait que c’est illégal. Tu les gardes à vie et je pense que c’est le plus important. » (Entrevue effectuée en personne avant la pandémie)

Crédit photo: Nina-Rose Cassivi

Quelle est la différence entre un tag et un graffiti?

« Pour moi, le tag, c’est l’essence même du graffiti. C’est sa beauté la plus pure », confie Gaulois. Dans le milieu du graffiti, les signatures sont appelées des tags. Cela consiste en la signature d’un graffiteur, généralement faite rapidement, en une seule couleur et d’un seul trait.

Même si l’esthétisme est moins recherché dans la réalisation d’un tag, il s’agit d’un symbole important pour les graffiteurs. « Certains passent toute une vie à travailler un trait et certains ne trouvent jamais la bonne recette. Il y a des années, même un mois, mon tag n’était pas le même. Pour moi [en tant que graffiteur], c’est la meilleure façon d’évoluer », précise Gaulois.

Crédit photo: Agence QMI

Est-ce que les graffiteurs illégaux se perçoivent comme des vandales?

« Le mot vandalisme, j’ai du mal avec ça parce qu’on ne détruit rien. Au contraire, on ajoute quelque chose », propose Gaulois. Selon le graffiteur, il ne se voit pas comme un vandale dans la mesure où il considère que son art fait plus de bien que de mal. « Pour beaucoup de gens que je rencontre, c’est beaucoup plus joli de voir un graffiti qu’un mur gris », appuie Hozek.

D’ailleurs, Gaulois en vient même à questionner le terme de sa pratique. « Dans ma tête, je ne fais pas des graffitis, je fais de la peinture. Je ne fais rien de mal, de la peinture c’est quoi? C’est de la décoration? », s’interroge le graffiteur.

Crédit photo: page Instagram d’Hozek

Où sont les limites quand l’art rencontre l’illégalité?

Bien que ce ne soit pas le cas pour tous les graffiteurs illégaux, certains s’imposent tout de même des limites éthiques à ne pas franchir. « Pour ma part, j’ai un certain code. Je ne le fais donc pas sur les églises ou sur les maisons des gens par exemple.», confie Gaulois.

« Je trouve qu’un mur de béton gris c’est assez fade dans un environnement. Alors si on met de la couleur et que des messages positifs sont passés, c’est génial », avoue Donald Guillemette, le policier de la Ville de Sherbrooke.  Les limites peuvent aussi, du côté de l’autorité, être ambiguës quand l’art entre en collision avec la loi. Donald Guillemette admet d’ailleurs ne pas être en désaccord avec l’art du graffiti : « Si j’étais passé en civil pendant que c’était en train de se faire, je ne sais pas ce que j’aurais fait. J’aurais été tiraillé entre une éthique professionnelle et une certaine moralité. »

Sources:

https://www.journaldemontreal.com/2014/07/07/1000–damende-pour-des-graffitis#:~:text=Photo%20Archives%20%2F%20Agence%20QMI%20Les,de%20100%20%24%20%C3%A0%201000%20%24.

https://spvm.qc.ca/fr/PDQ11/Actualites/12345

https://www.ville.quebec.qc.ca/citoyens/propriete/graffiti/index.aspx

https://www.cliquezjustice.ca/dossiers-speciaux/le-graffiti-art-ou-infraction-criminelle