Les cosmétiques que nous utilisons quotidiennement sont-ils dangereux pour la santé ?

Depuis plusieurs années, les consommateurs font attention à ce qu’ils mangent. Il est normal à l’épicerie de lire la liste d’ingrédients de différents aliments avant de les acheter. Pourtant, la nourriture n’est pas la seule chose qui entre dans notre organisme et dont il faudrait se méfier. Chaque jour nous utilisons des dizaines de produits cosmétiques et d’hygiène dont nous ignorons bien souvent la composition. Santé Canada tente de réguler ces ingrédients et ainsi protéger la santé des Canadiens, mais la tâche est plus complexe qu’il n’y paraît. 

Santé Canada.png Santé Canada

Que fait Santé Canada à ce sujet ? 

La façon dont fonctionne Santé Canada pour déterminer quels ingrédients sont interdits ou non n’est pas très claire. Marie-Pier Burelle, agente des relations avec les médias de Santé Canada, révèle toutefois que « le ministère examine régulièrement les plus récentes données probantes, notamment les études revues par des pairs sur la sûreté des cosmétiques, ainsi que ses propres données issues de la surveillance post‑commercialisation […] ». (échange de courriel le 1er octobre 2019) Les nouveaux cosmétiques qui arrivent chaque jour sur les tablettes des magasins ne sont donc pas systématiquement testés et analysés par Santé Canada. Les compagnies ont dix jours après à la mise en vente de leurs produits pour fournir entres autres la liste des ingrédients à Santé Canada, qui vérifie ensuite si elle contient des ingrédients interdits. L’organisme fédéral ajoute que « tous les cosmétiques vendus au Canada doivent pouvoir être utilisés sans danger et satisfaire aux exigences de la Loi sur les aliments et drogues et du Règlement sur les cosmétiques. Il incombe au fabricant ou à l’importateur de s’assurer du respect de [ces lois]. » 

Capture d’écran 2019-10-03 à 09.53.51.png Alexandra Grenier

Est-ce suffisant et efficace ? 

Santé Canada possède deux listes d’ingrédients jugés à risque, l’une dont les ingrédients sont interdits et l’autre dont l’utilisation des ingrédients dans les cosmétiques est restreinte. De plus, « Santé Canada mène des projets de vérification de la conformité et d’application de la loi chaque année, durant lesquels il examine les cosmétiques, surtout ceux qui présentent le plus de risques, pour s’assurer que les produits sur le marché sont sans danger […] ». Mais selon l’esthéticienne Johannie Bernier, Santé Canada devrait être plus strict. « Il y a énormément d’ingrédients qu’on va retrouver dans les cosmétiques vendus au Canada qui sont interdits en Europe mais pas encore ici. On retrouve ici du pétrole dans énormément de produits, mais on retrouve beaucoup moins de parabènes qu’avant parce que Santé Canada a insisté là-dessus. Par contre, les compagnies réussissent quand même à contourner la loi en ajoutant des dérivés de parabènes et de d’autres produits interdits. Donc oui, Santé Canada pourrait faire beaucoup plus que ce qu’ils font présentement. » (Entretien téléphonique, 2 octobre 2019) Certains produits cancérigènes ont aussi réussi à passer outre les recommandations de Santé Canada. « Le bromate de sodium est un produit cancérigène qu’on va retrouver dans énormément de produits pour les extensions de cils. La compagnie pour laquelle je travaille est la seule compagnie approuvée par Santé Canada pour faire des rehaussements de cils, car nos produits ne contiennent pas de bromate de sodium, mais Santé Canada tolère et permet aux autres compagnies de vendre leurs produits même s’ils en contiennent. »

Capture d’écran 2019-10-03 à 09.55.19.png Alexandra Grenier

Qu’est-ce que la nomenclature INCI ?

Les listes d’ingrédients des cosmétiques sont parfois difficiles à comprendre. C’est parce que le Canada oblige les fabricants de cosmétiques à utiliser la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques (INCI) pour les rédiger. C’est un système qui est utilisé dans plusieurs autres pays et qui permet aux noms des ingrédients d’être reconnus universellement. Les noms des molécules sont écrits en anglais seulement et les noms des plantes utilisées sont écrits en latin. C’est donc une nomenclature assez difficile à déchiffrer sans avoir de connaissances de base en latin ou en anglais, ce qui rend la tâche encore plus difficile quand vient le temps d’analyser la liste d’ingrédients d’un produit. 

Capture d’écran 2019-10-03 à 09.35.41.png loreal.ca

Quelles sont les compagnies dont il faut se méfier ? 

L’esthéticienne Johannie Bernier, qui était auparavant cosméticienne dans une pharmacie, a eu accès à des formations offertes par ces compagnies dans le cadre de cet emploi. « Il faut savoir que L’Oréal, il y a la compagnie tablette qu’on connaît bien, mais c’est aussi un groupe de cosmétiques qui possède une trentaine de filiales et dont les produits sont souvent testés sur les animaux et qui contiennent souvent du pétrole, des parabènes, etc. Ce sont des compagnies qui sont tellement grosses qu’elles ne font plus attention. Souvent dans les formations que ces compagnies offrent, tu t’attends à recevoir de bonnes informations, mais la majorité du temps elles te disent de la bullshit. Mais les compagnies peuvent dire n’importe quoi et les gens les croient. » Selon elle, les compagnies bas de gamme ne sont pas les seules à utiliser des ingrédients peu recommandés. Des compagnies un peu plus haut de gamme comme Lancôme contiennent des dérivés de pétrole. « Clinique, qui se dit une gamme pour les peaux sensibles utilise comme ingrédient principal un dérivé d’alcool, donc c’est irritant pour la peau. »

Youtube.png Youtube

À qui faut-il s’adresser pour mieux comprendre les ingrédients des cosmétiques ? 

De nombreux influenceurs sont contactés par des marques de cosmétiques pour en faire la promotion. Dans la plupart des cas, ces influenceurs ne sont pas des professionnels de la cosmétologie et peuvent donc propager de fausses informations. Selon Johannie Bernier, il s’agit d’un autre problème auquel Santé Canada devrait penser. Selon elle il est trop facile de devenir un professionnel du milieu de la beauté. « Santé Canada devrait être plus strict au niveau des professionnels de l’esthétique. Du jour au lendemain quelqu’un pourrait s’auto-proclamer esthéticienne et créer une gamme de produits sans aucun diplôme et aucun cours. » C’est d’ailleurs le cas pour les cosméticiens et cosméticiennes dans les pharmacies, qui n’ont pas besoin d’avoir de diplôme dans le domaine pour pouvoir prodiguer des conseils aux clients. 

quaidesbulles.ca/2018/08/29/la-nomenclature-inci-des-ingredients-dans-vos-produits-cosmetiques/

https://www.lapresse.ca/vivre/mode/beaute/201412/17/01-4829155-produits-cosmetiques-le-prix-de-la-coquetterie.php
https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/securite-produits-consommation/cosmetiques/liste-critique-ingredients-cosmetiques-ingredients-interdits-usage-restreint/liste-critique.html#t2z