En quoi consiste la pilule abortive ?

La pilule abortive est une alternative dite médicale à l’avortement chirurgical. « La pilule » consiste en fait en deux comprimés, que la patiente doit prendre à 24 heures d’intervalle ; il s’agit d’une hormone stéroïde synthétique (mifépristone) qui se fixe sur le récepteur de la progestérone, l’hormone qui assure le maintien de la grossesse, et annule son inhibition. Elle entrave donc du même coup le développement de l’embryon, et permet le détachement et l’élimination de la muqueuse utérine, semblable au processus prenant place lors des menstruations. La deuxième hormone (misoprostol), quant à elle, va provoquer des contractions utérines, ce qui va aider à l’expulsion de la muqueuse et de l’embryon. Son usage, par contre, est limité : elle ne peut être prescrite qu’à des personnes présentant une grossesse précoce, c’est-à-dire inférieure à neuf semaines. Des vérifications, comme une échographie qui permettra de déterminer le stade de la grossesse et sa situation, doivent être faites au préalable pour voir si la personne est éligible au traitement.

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Depuis quand est-elle accessible au Canada et au Québec ?

Le médicament, qui est une invention française, est disponible en France et en Grande-Bretagne depuis 1988, tandis que les États-Unis l’ont approuvé à l’an 2000. La pilule abortive a été autorisée par Santé Canada en 2015. Cependant, malgré sa légalité, elle ne fut pas disponible sur le marché avant février 2018. Il peut donc sembler étrange que le Canada ait pris autant de temps à offrir aux femmes le choix entre l’avortement chirurgical et médical. La raison est simple: Santé Canada exigeait que les deux médicaments soient produits et fournis par le même distributeur; Mifegymiso. Selon la directrice générale du Centre de santé des femmes de Montréal, Anne-Marie Messier, c’est également car « aucune compagnie pharmaceutique n’en avait fait la demande » (Entrevue téléphonique, 1er octobre 2018).

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Quelle est sa place dans le monde médical ?

L’avortement médical, choisi par environ 5 % des femmes au Québec, est considéré dans le monde médical de la même façon qu’un avortement chirurgical, pratiqué près de 100 000 fois par année dans la province. « Pour nous, il n’y a pas de différence ; qu’il soit réalisé d’une manière ou d’une autre, ça reste un avortement. Donc c’est important, une semaine après le traitement, d’avoir un retour avec la patiente pour confirmer que l’avortement a été complété comme il le faut. L’accompagnement psychologique reste également le même », explique le docteur Yves Robert, directeur général et secrétaire du Collège des médecins du Québec (Entrevue téléphonique, 1er octobre 2018). L’avortement médical requiert également d’autres services médicaux avant d’être mis en action, tels que l’échographie mentionnée plus tôt, mais également l’accessibilité à un corridor de service où la patiente peut avoir accès en urgence à de l’aide, si nécessaire.

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Comporte-t-elle des avantages ou des inconvénients ?

La pilule abortive permet de réaliser un avortement de façon moins invasive, puisqu’elle ne comporte pas d’opération chirurgicale. L’avortement médical requiert par contre un suivi, de deux à trois semaines après l’intervention. « Il faut avoir du temps devant soi quand on choisit l’avortement par médicament, car on ne sait pas exactement quand ça va avoir lieu. […] Il y a un peu plus d’incertitude avec le médicament que la chirurgie. Pour beaucoup de femmes, c’est contraignant ce, deuxième rendez-vous », soutient Anne-Marie Messier, directrice générale du Centre de santé des femmes de Montréal. Les deux méthodes présentent également des risques de complications ou d’effets secondaires, bien qu’ils semblent moindres en ce qui concerne la pilule abortive. En effet, le risque le plus fréquent chez les femmes choisissant la pilule est celui de complications dues à une grossesse extra-utérine, une situation qui, lors d’un avortement médical, peut devenir extrêmement douloureuse et nécessiter une intervention chirurgicale, ce qui est habituellement évité lorsque l’échographie est réalisée avant l’intervention.

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Quelles sont les exigences requises pour pouvoir prescrire la pilule abortive ?

Tous les médecins peuvent suivre la formation qui permet de prescrire la pilule abortive. D’autres professionnels du milieu de la santé, comme les infirmières et les sages-femmes, peuvent également être formés. « Quelques dizaines de professionnels ont suivi la formation depuis le début de l’année 2018 un peu partout au Québec, même au Nunavik », affirme le docteur Yves Robert. La formation se donne habituellement sous forme de stage, de partage de connaissances d’un médecin à un autre. Il est important de suivre la procédure, « c’est-à-dire de donner un consentement libre à la patiente, de faire l’investigation requise, de faire l’ordonnance, d’expliquer à la patiente la façon dont [la pilule] se consomme et les directives à suivre  après l’avortement », poursuit le médecin.

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Quel avenir pour la pilule abortive au Québec  ?

Méthode relativement nouvelle, la pilule n’est pas encore entrée dans les moeurs des Québécois. Le docteur Yves Robert pense qu’il s’agit d’une situation qui va évoluer avec le temps. « C’est une option qui va éventuellement se normaliser. Avec le temps qui passe, il va y avoir de plus en plus de cliniques d’avortement qui vont le mettre de l’avant, et de médecins qui vont pouvoir la prescrire. Ça va inévitablement augmenter avec le temps.»

Sources:

Centre de santé des femmes de Montréal, http://www.csfmontreal.qc.ca/wp/

Le Devoir, https://www.ledevoir.com/societe/sante/537621/pilule-abortive-du-retard-malgre-des-avancees

Radio-Canada, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1079417/la-pilule-abortive-toujours-difficilement-accessible-au-quebec

Fédération du Québec pour le planning des naissances, https://www.fqpn.qc.ca/actualites/pilule-abortive/

Coaliltion pour le droit à l’avortement au Canada, http://www.arcc-cdac.ca/fr/backrounders/Statistiques-actuelles.pdf 

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