Qu’est-ce que le WoW Project ?

Facebook s’attaque au racisme et à la discrimination avec le WoW Project qui a pour but de mieux encadrer les commentaires haineux écrits par ses utilisateurs. Dans le monde, 2,13 milliards de personnes se sont inscrites sur Facebook, ce qui représente 28 % de la population mondiale et plus de la moitié des Québécois ont un compte. Pour réaliser ce projet, le réseau social californien fondé en 2004 par Mark Zukerberg a recours à l’intelligence artificielle. À l’aide d’algorithmes programmés, le système reconnait des combinaisons de mots, dans un commentaire d’un utilisateur, qui sont susceptibles d’avoir une connotation discriminatoire. Lorsque les algorithmes sont détectés, le commentaire jugé offensant est supprimé à l’instant même où l’internaute le publie. Le programme surveille en priorité les messages haineux envers ceux qui subissent le plus de discrimination, notamment les personnes noires, les musulmans, les juifs, ainsi que les membres de la communauté LGBTQI+. « Les discours de haine visant les groupes sous-représentés peuvent être les plus dangereux », mentionne à l’AFP la porte-parole de Facebook Sally Aldous. « C’est pourquoi nous avons modifié notre technologie pour la concentrer sur les propos que les utilisateurs et les experts nous disent être les plus graves », déclare-t-elle. En juillet dernier, après la mort de George Floyd, cet Afro-américain de Minneapolis, tué par un policier, beaucoup d’internautes et des multinationales comme Coca-Cola ont boudé Facebook pour leur demander de mieux encadrer les publications racistes et cet évènement est l’élément déclencheur du Wow Project. André Mondoux, professeur à l’École des médias à l’UQAM, pense que Facebook n’a jamais lutté contre les propos à caractère raciste sur sa plateforme. (Entretien téléphonique 3 décembre 2020).

Élisabeth Lacoste

Y a-t-il d’autres moyens pris par Facebook pour lutter contre les propos haineux ?

D’autres mesures ont été prises par Facebook, ces dernières années, notamment le retrait de contenu incitant à la violence, au terrorisme ainsi qu’à la pornographie. Ensuite, au mois d’août, Facebook a fermé 900 comptes qui adhéraient ouvertement à QAnon, ce mouvement complotiste dont les adeptes croient que les dirigeants mondiaux sont impliqués dans un réseau pédophile satanique. Alexis Cossette-Trudel, ce québécois adepte de la théorie de QAnon, a lui aussi été banni par le géant Facebook. Ses vidéos exposant les idées de ce mouvement complotiste américain ont été vues 500 000 fois à travers la francophonie. Pendant plusieurs mois, des chercheurs en extrémisme ont alerté Facebook sur les conséquences engendrées par la présence de ces complotistes sur les réseaux sociaux. Selon André Mondoux, cette propagation de fausse nouvelle explique aussi la décision de Facebook à s’attaquer aux discours haineux : « Voilà plus d’un an maintenant qu’ils sont dans la ligne de mire des fausses nouvelles, propagandes et autres. »

Élisabeth Lacoste

La nouvelle mesure de Facebook est-elle efficace pour lutter contre le racisme ?

Pour le vice-président du groupe Facebook responsable de l’intégrité, Guy Rosen, le réseau social retire plus de publications à caractère haineux. Il rapporte qu’en 2017, 65 % des publications signalées étaient retirées, tandis qu’aujourd’hui le taux augmente à 95 %. De plus, 10 000 contenus par jour sont effacés de la plateforme. En effet, les résultats montrent un meilleur contrôle en raison du programme d’intelligence artificielle qui détecte plus rapidement que des employés les algorithmes. Durand la période de juillet à septembre, entre 0,10 et 0,11 % de publications haineuses ont été publiées sur Facebook et retirées par la suite. Ce qui représente au total 22 millions de contenus. L’artiste auteur-compositeur-interprète, Ricardo Lamour, explique qu’il y a du travail à faire pour éduquer les gens sur le racisme et sur l’inclusion des communautés ethniques: « Une fille ou un garçon noir porte déjà, à un très jeune âge, une anxiété de se promener dans l’espace publique et de se faire interpeller d’une façon différente qu’une personne blanche. C’est très subtil, c’est très sournois », a-t-il mentionné en entrevue à Radio-Canada.

Facebook Ricardo Lamour

La liberté d’expression est-elle compromise avec cette initiative de Facebook ?

La nouvelle mesure administrée par Facebook a des lacunes qui peuvent compromettre une liberté d’expression chez des utilisateurs qui n’écrivent pas de messages haineux, mais dont certaines publications sont retirées parce que les mots qu’ils emploient font partie des algorithmes programmés. « Le problème c’est qu’avec la technique, le contexte n’existe pas », affirme André Mondoux. Dans le Washington Post, l’auteure Tamela J.Gordon, qui préside un groupe sur la sensibilisation raciale dit être censurée régulièrement par Facebook lorsqu’elle publie les évènements de son groupe de 15 femmes Afro-américaines. Une situation qui s’explique par les limites de compréhension de l’intelligence artificielle. « Le parent pauvre du social c’est le social », déclare André Mondoux.

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Les autres réseaux sociaux emboitent-ils le même pas que Facebook ?

Le réseau social Twitter a été le premier à imposer une politique stricte en matière de conduite haineuse et c’est d’ailleurs celle-ci qui a inspiré le Wow Project de Facebook. Twitter lutte contre les propos incitant à la violence, au genre, à la race, à la religion et aux personnes handicapées. Le réseau social Instagram, qui appartient à Facebook abonde dans le même sens. Par ailleurs, la Commission de la concurrence américaine (FTC) accuse Facebook de pratique anticoncurrentielle. Mercredi, la FTC a demandé à la justice américaine d’obliger le plus gros réseau social au monde de vendre Instagram et WatsApp.  

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À quel point les réseaux sociaux sont-ils un vecteur d’intimidation ?

Fléau sur les réseaux sociaux, l’intimidation nourrit les messages haineux auxquels Facebook s’attaque. Elle affecte un grand nombre de personnes partout dans le monde. En 2013, selon les données de l’organisme Jeunesse j’écoute, « un million d’enfants ont été harcelés, menacés ou soumis à d’autres formes de cyberintimidation sur Facebook au cours de la dernière année. ». Le nouveau système automatisé est capable de reconnaitre des mots discriminatoires, mais il peut y avoir des milliers de commentaires d’intimidateurs qui passent entre les mailles du filet. Par exemple, deux personnes malveillantes ont publié des photos sur Facebook représentant une mèche de cheveux ainsi que la jaquette d’hôpital dans laquelle est décédé Joyce Echaquan, la femme Atikameh de 34 ans, qui avant sa mort a subi de la maltraitance et du racisme par deux employées de l’Hôpital de Joliette. Ces deux publications ont ouvert la porte à des centaines de commentaires racistes, que Facebook a retirés quelques jours plus tard.

Sources:

Ricardo Lamour : s’engager pour la jeunesse racisée | Bien entendu (radio-canada.ca)

Facebook is overhauling its hate speech algorithms – The Washington Post

Le rôle des administrateurs Facebook – Ryte Wiki

Facebook s’attaque plus activement aux propos haineux contre les minorités | JDQ (journaldequebec.com)

Comprendre le mouvement QAnon pour mieux en parler à ses proches | Radio-Canada.ca (radio-canada.ca)

Facebook et Instagram suppriment tous les comptes liés à QAnon | La Presse

Facebook interdit les contenus du réseau conspirationniste Radio-Québec | Coronavirus | Radio-Canada.ca (radio-canada.ca)

La soirée est (encore) jeune | Radio-Canada Première (radio-canada.ca)

Twitter va plus loin dans sa lutte contre les publications haineuses (ladn.eu)

43% des adolescents seraient victimes de cyberintimidation (journalmetro.com)

Joyce Echaquan ciblée par des propos racistes sur les réseaux sociaux | TVA Nouvelles

Portrait d’Alexis Cossette-Trudel, un homme «en révolte» | Le Devoir

Des autorités américaines veulent forcer Facebook à vendre Instagram et WhatsApp | Radio-Canada.ca (radio-canada.ca)

Facebook en 20 chiffres très révélateurs | JDM (journaldemontreal.com)

Facebook dit capter 95 % du discours haineux | La Presse

Facebook donne une première estimation de la place des discours haineux sur sa plate-forme (lemonde.fr)