Qu’est-ce que l’investissement responsable ?

Il s’agit d’une initiative prise par des particuliers d’investir leurs « petits moyens financiers » dans des secteurs respectueux de leurs valeurs et de leurs préoccupations personnelles, comme l’environnement et le développement durable. Un client des Caisses Populaires Desjardins, par exemple, peut y participer en ouvrant un compte d’épargne retraite ou un CELI avec le taux de risques de son choix.  Le professeur titulaire au département économique de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, Alain Webster, explique qu’il existe trois façons de sélectionner les domaines d’actions dans lesquels on souhaite investir, puisqu’ils se présentent en « paquets ». Il y a d’abord l’investissement par filtre, c’est-à-dire, par l’exclusion de secteurs intégraux, tels que le tabac, le nucléaire et l’armement. D’autres clients se tournent vers une deuxième option, qui vise plutôt l’investissement dans des entreprises répondant aux stratégies d’ESG, soit environnementales, sociales et de gouvernance des entreprises. « De cette manière, je ne me ramasse pas avec une industrie qui coupe ses chandails dans un pays en développement par des enfants de cinq ans », précise Alain Webster (Entrevue téléphonique, 12 octobre 2018). Enfin, un troisième moyen de sélection reste « l’investissement d’impact ». Le citoyen décide alors d’investir dans des créneaux et des projets qui auront des impacts favorables seulement dans certains domaines qui lui tiennent à coeur. Par le fait même, il privilégiera « le développement d’entreprises qui favorisent des pratiques éthiques et environnementales », poursuit le professeur.

IMG_0203.JPG Camille Robillard

Pourquoi, en 2018, certains choisissent l’investissement responsable ?

Les réchauffements climatiques sont au coeur des discussions médiatiques, notamment depuis la publication du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui affirme que « limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C nécessiterait des changements rapides, très profonds et sans précédent dans tous les aspects de la société ». Cependant, cette transition nécessitera des milliards de dollars et « ce n’est pas seulement les États qui peuvent financer, donc il faut trouver des façons d’amener le secteur financier à soutenir cette transition », précise Alain Webster. C’est en 2006 que les Nations Unies ont lancé le bal en réfléchissant sur une transition économique qui favoriserait la croissance des entreprises aux valeurs éthiques. Douze ans plus tard, les citoyens préoccupés par l’environnement peuvent faire leur part très facilement en choisissant l’investissement responsable, au même titre que l’achat de produits locaux et l’approche zéro déchet.

IMG_0208.JPG Camille Robillard

Est-ce une manière d’investir qui est populaire chez les Québécois ?

Selon le chroniqueur économique à la radio de Radio-Canada René Vézina, l’investissement responsable est de plus en plus populaire, et ce, notamment chez les jeunes (Entrevue téléphonique, 12 octobre). En 2017, les actifs des finances responsables s’élevaient à 457 milliards de dollars. Il s’agit d’une augmentation de 131 % avec les données de 2007, selon une étude  de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC). « On trouve maintenant des références à ça un peu partout […] Il y a même quelques organisations, comme la Caisse de dépôt, le Fonds de Solidarité et Desjardins, qui peuvent servir d’experts conseils pour ce type d’investissement, et ce, afin qu’on apprenne pas qu’il y a squelette dans le placard », explique René Vézina.

IMG_0224.JPG Camille Robillard

Y a-t-il des risques associés à ce type d’investissement ?

Comme tout type d’investissement, certains « portefeuilles » sont plus à risques que d’autres. Par exemple, chez Desjardins, le portefeuille SociéTerre Conservateur contient moins de risques que le portefeuille SociéTerre Croissance maximale. Or, « il n’y a pas que le rendement garanti et le taux de risques qui est important pour les gens comme vous et moi qui veulent placer des sous. Il y a la valeur responsable qui pèse lourd dans la balance », affirme le professeur Webster. C’est pourquoi, l’investisseur « consciencieux » doit s’informer adéquatement sur les nuances des différentes propositions. De l’avis de René Vézina, pour éviter de mettre son argent dans des compagnies qui financent des compagnies minières ou des guerres civiles, il faut faire des choix éclairés.  « Le nerf de la guerre, c’est l’information crédible. De là l’importance de la presse et des journalistes, qui doivent exiger des comptes pour faire circuler la vérité et pas des rumeurs », insiste le chroniqueur.

IMG_0217.JPG Camille Robillard

Pourquoi le pétrole n’est pas exclu des investissements responsables ?

Le prix du baril touche en 2018 des sommets jamais atteints auparavant, frôlant les 70 $ le baril à ce jour. Dans la logique où moins il y aura d’accès au pétrole et que plus sa valeur augmentera, l’investissement pétrolier rapportera toujours plus d’argent. L’exploration pétrolière peut rapporter gros, tout en se faisant de manière responsable si on en réglemente l’exploitation,  d’après Alain Webster. En ce sens, le Québec active depuis le gouvernement Charest un système de plafonnement des émissions de gaz à effet de serre pouvant être émis à l’échelle de la province. « Jusqu’à présent, tous les gouvernements qui se sont succédés ont continué le travail et rien ne laisse présager que la Coalition Avenir Québec mettra la hache au projet », indique-t-il.

Toutefois, René Vézina doute que le pétrole soit un investissement classable dans le domaine responsable, parce que la pollution atmosphérique ne provient pas seulement des voitures : il note le pétrochimique, le plastique, etc… « On ne peut pas changer nos habitudes en un claquement de doigt comme on ne peut pas supprimer le plastique de nos vies », se désole-t-il. Le chroniqueur souligne que plus on tente de se dégager des hydrocarbures, plus on revient à la recherche nucléaire, « parce qu’on s’est endetté considérablement en émissions de GES ». Selon lui, ça va de mal en pis pour la planète. « C’est délicat. on sait que les entreprises minières font des dégâts. Comme il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a pas de voitures électriques sans batteries au lithium », reconnaît-il.

Capture d’écran 2018-10-18 à 11.58.20.png Getty Images, Alice Chiche / AFP

Le cannabis sera-t-il considéré comme un investissement vert ?

« Si l’on estime que la cigarette est nocive pour la santé, les banques excluront-elles le cannabis des investissements responsables au même titre que le tabac? », se demande René Vézina. Alain Webster n’en a aucune idée, mais il avance que la venue du cannabis sur le marché développe évidemment un secteur d’économie qui connaît depuis un an, une expansion rapide et massive, parce que le produit en est à la case départ. Parmi les quatre producteurs de cannabis cotés en bourse, c’est la compagnie Tilray située à Nanaimo en Colombie-Britanique,  qui a connu le plus de gains depuis le début des opérations en 2017. Sa cote en bourse a bondi de 515 pourcent, pour un capital de 12,8 milliards de dollars. 

Le journaliste économique Gérald Filion avance dans une chronique à Radio-Canada que si on se fie aux prédictions de l’Institut C.D. Howe, la demande en cannabis dépassera l’offre durant la première année de mise en marché, « ce qui pourrait priver l’État d’environ 800 millions de dollars en taxation ».  

« La réaction qui sera à évaluer sera celle des investisseurs, à savoir s’ils sont d’accord de financer le cannabis », évalue le professeur Webster. De son côté, René Vézina s’exclame : « J’ai hâte de voir la suite des choses, car il y aura certainement des débats existentiels sur cette question. Je crois qu’on verra à l’usage s’il y a des impacts sur la santé des consommateurs. »

Sources :

L’économie du cannabis, chronique de Gérald Filion :

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1129903/economie-cannabis-gerald-fillion-analyse-nouveau-marche

Rapport GIEC 2018, cité dans :

https://www.tvanouvelles.ca/2017/10/25/linvestissement-responsable-en-progression-au-quebec

Pétrole en Bourse

https://www.rncan.gc.ca/energie/prix-carburant/brut/21453

Prix du baril en temps réel

https://prixdubaril.com/