Quelles sont les origines de la baladodiffusion?

La baladodiffusion fait les manchettes avec Hillary Clinton et son nouveau podcast You and I will both Hilary Clinton, diffusé en première, le 29 septembre lors du premier débat présidentiel américain. Pourtant, la baladodiffusion ne date pas d’hier, selon Laurie Mathieu-Bégin, elle qui a effectué sa thèse de maîtrise sur le sujet.

« Ça fait longtemps que c’est là en 2006. L’arrivée du web 2.0 a amené l’utilisation des fils RSS et à l’abonnement d’un fil pour envoyer du contenu. C’était surtout à l’écrit et c’est passé à l’audio puis en format mp3 depuis au moins 2006. C’était quelque chose d’alternatif et plus underground au départ. En 2014, la table était mise pour qu’on passe d’une culture plus geek à une culture plus professionnelle. » (Entretien téléphonique, 21 septembre 2020)

À ce sujet, le balado Serial, consacré au journalisme d’enquête, est l’un des premiers du genre à être reconnu comme un véritable balado professionnel. Créé en 2014, ce dernier a certainement eu une bonne longueur d’avance sur le mouvement populaire actuel et appartient maintenant à nul autre qu’au New York Times.

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Quel est le rapport actuel du consommateur avec l’audio?

L’audio, un domaine qui devient de plus en plus exploré, notamment grâce à la venue de la balado et ceux-ci semblent avoir une base d’auditeurs fidèles, bien que toujours peu nombreuse.

« En 2018, au Canada, 81% des auditeurs écoutent la majorité sinon la totalité des balados dont ils entament l’écoute. En 2019, au Canada, 24% des adultes écoutent au moins un balado par mois. », confirme le fondateur de la boîte Grand Public. (Échange de courriels, 21 septembre 2020)

Outre ces données mettant l’emphase sur le pouvoir de rétention de ses auditeurs, l’audio est un monde permettant à celui qui l’écoute de se sentir près des gens à l’autre bout du fil, explique Laurie Mathieu-Bégin :

« L’audio, sa force c’est l’intimité avec ce que tu écoutes, c’est un lien hyper fort, d’où l’engagement de finir ce que tu as commencé et généralement, ceux qui commencent, finissent par en écouter beaucoup. », lance-t-elle.

« On est plus près de la littérature où l’on peut se créer une vision de ce que l’on entend. La notion de proximité nous permet de s’évader et de s’imaginer qu’on est seul avec eux dans une pièce, il n’y a pas d’écran entre toi et la personne qui parle. », conclut-elle. (Entretien téléphonique, 21 septembre 2020)

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Le public est-il au rendez-vous?

Dans le cadre d’une étude sur les habitudes de consommations des médias numériques, la firme de recherche Edison Research and Triton Digital basée, au New Jersey affirme que 37% des adultes canadiens, ont écouté des baladodiffusions cette année.

Le sondage de la firme de recherche Edison Research and Triton Digital, montre que 37% des adultes canadiens, ont écouté des baladodiffusions cette année.
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« Les auditeurs de balados sont peu nombreux par rapport à la radio, mais il s’agit d’un public en croissance constante depuis les 15 dernières années. Plus particulièrement, la demande fait d’énormes bonds depuis les cinq dernières années. Alors que notre temps d’écran est saturé, le balado lui mise sur un terrain de jeu à conquérir : celui des oreilles. Cela représente une opportunité incroyable pour développer un nouveau public, notamment les auditeurs en transit en voiture ou en transport en commun. », affirme Kronström Richard. (Échange de courriels, 21 septembre 2020)

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Le marché est-il trop saturé pour la demande?

Avec une facilité d’accès inégalé d’un point de vue production, beaucoup de gens peuvent donc créer leur propre balado à moindres frais, amenant un marché où déjà, sur des plateformes telles que Spotify ou Apple Store, les consommateurs ne savent plus quel produit choisir.

Bien que le nombre d’artisans du podcast augmente de façon considérable, il semble qu’il soit encore trop tôt pour que le marché atteigne son apogée.

« On ne dira jamais est-ce qu’il y a trop de livres […] Il y a de la place pour autant de podcasts que ceux qui veulent en faire […] Par exemple, en 2008, tout le monde avait un blogue. Il n’y a jamais trop d’offres artistique et culturelle. Ce qu’on voit sur Spotify et sur Apple Music c’est une infime partie de ce qu’on peut trouver sur le marché. » (Entretien téléphonique, 21 septembre 2020)

La baladodiffusion agit-elle au détriment de la radio?

Toujours selon la firme de recherche Edison Research and Triton Digital, bien que le nombre d’auditeurs de podcasts soit en constante augmentation au pays et partout ailleurs, il n’égalera pas de sitôt les sommets de la radio.

En effet, les chercheurs estiment que 21% de la population canadienne âgée de plus de 18 ans continue d’écouter la radio au sein d’un même mois.

Le sondage de la firme de recherche Edison Research and Triton Digital, montrant que 321% de la population canadienne âgée de plus de 18 ans continue d’écouter la radio au sein d’un même mois.
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Selon Mathieu-Bégin, il est d’ailleurs difficile de comparer les deux entités, erreur que l’on devrait éviter de faire.

« On ne devrait pas les comparer. Le modèle de la radio est clair. Il n’y a pas de fiction en radio, en balado tu peux faire ça, tu peux faire des formats hypercourts et hyper longs. À la radio c’est un horaire fermé. En podcast les possibilités sont plus éclatées, le format est plus éclaté […] La radio c’est un autre créneau, même si ce sont deux modèles audios, le livre ne fait pas compétition au quotidien, par exemple. » (Entretien téléphonique, 21 septembre 2020)

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