Les vêtements non genrés gagnent -ils en popularité ?

Céline Dion vient de lancer une collection de vêtements non genrés avec Nununu, entreprise israélienne fondée en 2009 qui se spécialise dans les vêtements pour enfants. Cette initative a été applaudie partout à travers le monde par la communauté LGBTQ, mais également par des gens désireux de voir une égalité garçons/filles. Celinununu va assurément faire gagner de la popularité aux vêtements non genrés. La marque propose des vêtements unisexes pour les bébés et les enfants de 0 à 14 ans. La griffe souhaite libérer les enfants des rôles traditionnels qui sont prédestinés aux filles et aux garçons et veut développer une collection qui leur permet de porter ce qu’ils souhaitent, sans être associés au sexe. Pour Naoufel Remili, chargé de cours à l’École supérieure de mode ESG UQAM, la collaboration entre Céine Dion et Nununu va certainement aider à la popularité de ce style de vêtements : « Je crois que la collection de vêtements non genrés que Céline Dion vient de lancer avec Nununu va aider à la montée de la popularité des vêtements non genrés, mais surtout elle va faire en sorte qu’on parle de la cause. Je ne suis pas certain du résultat commercial de cette collaboration, mais cela va définitivement aider la cause. » (Échange de courriel, 19 novembre 2018).

cotton.jpg Pier-Carl Rancourt

Comment est-ce qu’ils se différencient du vêtement genré ?

En 2018, on oberve une évolution des mentalités et une ouverture d’esprit où l’on se questionne sur l’identité des genres, les stéréotypes, l’orientation sexuelle et les différences des sexes. Les vêtements non genrés font partie de cette évolution et du changement de mentalité pour certaines personnes. «C’est certain que les gens qui ont cette conscientisation de briser les conventions vestimentaires qui sont implantées depuis énormément longtemps, donc, de diviser les vêtements en deux catégories par les hommes et par les femmes [vont s’intéresser à ces produits sans genre], dit Alexandre Jacques, copropriétaire et designer chez Autre Riche. (Entrevue téléphonique, 23 novembre) Les gens qui ont cette ouverture du souci d’équité envers les genres c’est vraiment pour cette raison que bien des personnes ont des intérêts envers les vêtements genderless.» Autre Riche est une compagnie québécoise genderless qui a lancé sa première collection en 2018.

Le vêtement non genré se démarque du vêtement genré par son souci d’une égalité des genres envers les hommes et les femmes. Il y a qu’une seule catégorie de vêtement qui se retrouve dans ces boutiques. La demande est de plus en plus forte, car les nouvelles générations se disent ouvertes à l’abolition des différences envers les sexes. «Depuis longtemps et encore aujourd’hui, il y a énormément plus de vêtements pour les femmes qui sont faits comparativement aux vêtements pour les hommes. Donc, c’est pour prôner ça, de briser cette convention qui est faite d’avoir beaucoup plus de vêtements pour les femmes que de vêtements pour les hommes en magasin.» En effet, selon la firme de recherche Euromonitor, 625,2 milliards de dollars d’achats ont été enregistré pour la mode féminine dans le monde alors que l’homme a 407,9 milliards de dollars d’achats au travers du globe en 2015.

46499306_259741951385432_6124834921300099072_n.jpg Clara Brodeur-Vecerina

Y a-t-il beaucoup de compagnies qui offrent des vêtements non genrés ?

Les compagnies offrant des vêtements non genrés sont encore rares, mais des compagnies de renom ce sont lancées dans l’aventure. De grandes marques comme H&M, Zara et ASOS ont proposé des vêtements unisexes et au Québec l’entreprise Simons a offert une collection lors de sa saison automne-hiver 2017-2018. Des marques moins connues comme Autre Riche et Veri offrent des vêtements neutres faits au Québec. La mode non-binaire était déjà présente sur les podiums et chez les grands designers comme Yves Saint-Laurent ou Coco Chanel qui proposent des vêtements non genrés depuis des années. Étant donné la demande grandissante pour les vêtements unisexes, des marques plus abordables proposent maintenant des vêtements à ceux qui veulent se sentir bien dans ce qu’ils portent tout en assumant leur non-binarité homme-femme.

genderless.jpg NowFashion.com

Les prix sont-ils abordables ou trop dispendieux ?

Le prix des vêtements non genrés peut sembler élevé pour certaines personnes, mais Alexandre Jacques croit que plusieurs facteurs influencent le prix du vêtement. Par exemple, la récente collection de vêtement non genrées que Céline Dion a lancé avec la compagnie Nununu présente du moins dispendieux un bonnet pour bébé à 31 $, au plus dispendieux, un manteau de cuir à 447 $. Puis, Autre riche présente des modèles à prix variables passant d’un gilet à manches longues à 110 $ au prix régulier à un manteau tressé à la main au coût de 1062 $. L’endroit de fabrication et les matières utilisées sont des facteurs qui expliquent ces prix. «Si on prend exemple sur nos vêtements qui sont faits à la main au Québec par des couturières d’ici dans des excellentes conditions, c’est certain qu’on ne peut pas atteindre un prix minimal de par exemple, Zara, H&M ou Forever 21, donc des marques qui sont considérées de fast fashion», ajoute Alexandre Jacques.

asos-collusion.jpg MadmoiZelle.com

Les vêtements non genrés sont-ils populaires au Québec et à l’international ?

Les vêtements non genrées sont assez populaires au Québec pour que les marques genderless n’aient pas à se fier aux ventes à l’international. Si l’on compare en terme de popularité les marques pour hommes et femmes comparativement aux marques non genrées, les marques genderless arrivent au deuxième rang. Toutefois, «il y a de l’intérêt et de la demande de la part des consommateurs, raconte Alexandre Jacques. L’offre n’est pas nécessairement populaire, mais la demande l’est quand même. On peut très bien vendre beaucoup au Québec sans nécessairement vendre à l’international. C’est un peu à notre avantage qu’il n’y en a pas beaucoup.»

De plus en plus de personnes sont ouvertes à ce nouveau type de vêtement. Par contre, la demande n’est toujours pas assez élevée pour que ces marques soient vendues régulièrement en boutique. En effet, les marques  pour vêtements hommes et femmes ont comme objectif de vendre en termes de quantité. Alexandre Jacques y voit une liberté de vendre ses produits en ligne. «Étant une marque, on n’est pas dépendant d’un détaillant. On n’est pas dépendant d’un nombre de ventes, par exemple, on a cette liberté.»

gars fille brun.jpg Komitid

Est-ce avantageux pour les compagnies d’investir dans les vêtêments non genrés ?

Ne plus distinguer les filles des garçons peut être considéré comme le credo d’un marché en pleine mutation. Le style va valoir davantage que le genre et la mode sans genre est le reflet de l’époque actuelle, époque portée en majorité par les milléniaux qui ne cherchent plus à se définir par leur sexes, mais bien par leur façon d’être. Il existe de nombreuses nuances pour définir ce phénomène d’évolution culturelle qui est devenu un véritable marché. La mode non-binaire n’est donc qu’à son commencement et son avenir semble prometteur. Pour Naoufel Remili, la mode non genrée ne va cesser de gagner en popularité : « Je pense que les entreprises qui offrent ce genre de produits ciblent un marché assez large, mais ce qu’on appelle le coeur de la cible demeure des personnes avec une ouverture importante envers ce mouvement et qui adhèrent à l’idée de réduire les stéréotypes entre les sexes. Comme la plupart des mouvements sociaux de ce genre, ça va probablement gagner en popularité avec le temps.»

Sources : Le Figaro, Vogue, Le Devoir, Radio-Canada