La pandémie aura-t-elle un impact à long terme sur les élèves du primaire?

En mars 2020, les écoles du Québec ont dû fermer leurs portes en raison de la Covid-19. Les élèves ont manqué trois mois d’apprentissage et ils ont raté de la matière qui ne sera pas reprise. La matière manquée aura surtout un impact chez les jeunes en première année, selon Marilyn Gaudreault enseignante en orthopédagogie à l’école Jean-Fortin au Saguenay : « Pour les élèves en difficulté, on voit déjà des impacts », explique-t-elle. « Ils ont manqué l’an dernier une période importante où ils apprennent les syllabes et les rimes. Rendu en première année, ils partent un peu dans le moins lorsque c’est le temps d’apprendre la lecture et l’écriture » (Entretien téléphonique, 7 décembre 2020). L’impact est aussi présent chez les deuxièmes années puisqu’ils ont manqué l’étape où ils sont de plus en plus à l’aise à lire et écrire. Elle croit cependant que ces jeunes élèves pourront rattraper le temps perdu et qu’il n’y aura pas de retombées à long terme, comme des difficultés au secondaire. Aussi, les enseignants ont décidé de ne pas faire échouer les élèves au bulletin de juin 2020, ce qui diminue les impacts sur le parcours des enfants.

Crédit: Michael Guitard-Dubuc

Est-ce que les orthopédagogues auront plus de travail en raison de la pandémie?

À cause de la matière manquée, il y a eu une augmentation d’élèves en difficulté, mais cela ne veut pas dire une augmentation de la charge de travail pour les orthopédagogues et les enseignants en orthopédagogie,selon Marilyn Gaudreault : « Notre tâche reste la même. Avec ou sans le virus je fais 32 heures par semaine », précise-t-elle. Elle explique qu’il faut faire des choix et prioriser les élèves qui sont dans le rouge, c’est-à-dire ceux qui sont le plus en difficulté. « Si mes élèves rouges prennent tout mon temps, c’est dommage, mais si mes élèves jaunes ont besoin d’un coup de pouce de plus, je ne sais pas si je vais avoir le temps de les voir. » Elle croit qu’il y aura sans doute un impact dans le service que les orthopédagogues vont donner puisqu’ils devront faire des choix difficiles. Elle précise aussi qu’il y a des écoles où il y a moins d’orthopédagogues et que la situation est encore plus difficile. Au total, il y a environ 4000 orthopédagogues au Québec.

Crédit: Michael Guitard-Dubuc

Quelles sont les solutions pour aider les élèves qui font l’école à domicile?

L’école à la maison n’est pas facile pour plusieurs, surtout pour les élèves en difficulté. Marilyn Gaudreault croit qu’il n’y a pas de solution miracle et que tout se fait dans la mesure du possible lorsqu’ils font l’école à la maison. « C’est important que les enfants se connectent, qu’ils prennent le temps de faire les exercices et d’utiliser tous les outils à leur disposition comme les aide-mémoires et les tableaux que l’enseignant donne », mentionne-t-elle. L’argent pourrait beaucoup aider les écoles,selon elle. Elle croit que si les commissions scolaires, qui sont maintenant appelées Centres de service, pourraient donner plus de budget aux écoles, ainsi il pourrait y avoir une éducatrice spécialisée qui offrirait de l’aide aux enseignantes dans la classe. Sinon, elle avait comme solution d’outiller les parents sur l’utilisation de Zoom, par exemple, en leur montrant comment bien utiliser l’application.  

Crédit : Valérie Lalonde

Qu’est-ce que les mesures de distanciations sociales ont changé au quotidien des élèves?

Depuis le retour en classe en septembre avec les mesures de distanciations sociales strictes imposées aux écoles, une panoplie de tâches quotidiennes sont venues ralentir l’apprentissage des élèves du primaire.

Pour Valérie Lalonde, enseignante au primaire de 5e année à l’école Laberge de Châteauguay, « le plus gros changement au niveau de la classe avec les élèves c’est l’horaire de la journée ». (Entrevue au téléphone, le 10 décembre 2020)

Elle mentionne que « pour ne pas propager le virus entre les classes, celle-ci sont conviées au même horaire précis chaque jour afin d’éviter les contacts avec les autres bulles ». Ainsi, elle ajoute qu’« en plus de manger en classe, ils ne sortent pas beaucoup dans une journée en ayant une récréation sur deux de 15 minutes et un 15 minutes pendant le dîner. Je pense que le changement de l’horaire pile autant sur le social des élèves que sur leur côté académique et leur côté affectif : ils sont toujours avec le même monde, toujours dans une routine serrée, dans une routine de peur avec les insécurités qui entourent les mesures de distanciation ».

Règle général, l’enseignante de 25 ans croit que les nouvelles mesures pénalisent entre 45 à 50 minutes d’apprentissage aux élèves chaque jour depuis le mois de septembre.

Crédit : Valérie Lalonde

Les mesures liées à la COVID ont-elles des conséquences négatives sur l’éducation des élèves?

Selon Valérie Lalonde, les mesures sanitaires viennent briser le lien de proximité entre l’élève et l’enseignant : « Quand tu arrives avec tes grosses lunettes et ton masque, les explications sont moins propices à être moins bien comprises. Le lien d’attachement et l’apprentissage en classe c’est deux choses qui se suivent conjointement, si tu n’as pas de lien d’attachement avec ton enseignant ça va être plus difficile d’avancer dans tes apprentissages et de lui faire confiance pour poser des questions et t’investir. »

Après six mois à la maison, l’enseignante sur la Rive-Sud explique qu’il y a des conventions sociales qui se sont oubliées comme lever la main, le respect de l’autre et vivre en société : « L’école est un apprentissage très social on apprend à vivre en communauté avec des gens qui sont différents de nous, qui ne sont pas de notre famille donc certains peuvent penser qu’ils ne leur doivent pas respect parce qu’ils sont des passagers dans leur vie. »

Crédit: BBC

Y a-t-il plus d’élèves en retard qu’avant?

En arrêt du mois de mars au mois de septembre, il est certain que plus d’élèves que normalement sont en difficulté académique. Valérie Lalonde affirme que « c’est unanime, toutes les enseignantes du primaire sont d’accord pour dire qu’on a tellement manqué une grande partie l’an dernier que les élèves, premièrement, n’ont pas vu le programme au complet donc quand mes élèves sont arrivés en 5e année en septembre, il manquait le tiers du programme de 4e année. Deuxièmement, ajoute-t-elle, ils ont oublié ce qu’était l’école. Donc, arriver en septembre et d’être assis à ta place et écouter pendant une heure, ça faisait six mois qu’ils n’avaient pas fait ça. Leur cerveau n’était plus habitué de se concentrer autant. »

Source

https://www.lesoleil.com/actualite/education/bientot-un-ordre-des-orthopedagogues-354fea2b822b62165c6a5000fc51cfc4