Qu’est-ce qu’une eau usée ?

Il existe trois catégories d’eaux usées qui sont déterminées par leur provenance, soit domestique, industrielle ou pluviale. Les eaux domestiques proviennent d’usages résidentiels, soit de la cuisine, de la douche, de la lessive ou encore de la toilette. Ensuite, les eaux industrielles sont produites par les commerces, les usines ou les institutions, alors que ces derniers nettoient ou fabriquent un produit. Les eaux de pluie proviennent pour leur part de l’écoulement de la pluie sur une surface pavée. La composition des eaux usées, soit la quantité et la variété de nutriments et de matières organiques, diffère selon « son bassin versant ou en d’autres mots, d’où l’eau est captée et utilisée », explique Gilbert Cabana, biologiste et enseignant au département des sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Trois-Rivières (entrevue téléphonique, 5 novembre 2018). La Ville de Montréal compte une trentaine de points de rejets entre Lasalle et Pointes-aux-Trembles. L’urbanisation et l’industrialisation des dernières décennies ont également influencé la nature des résidus retrouvés dans nos eaux.

eaux usées 2.png Camille Robillard

Pourquoi y a-t-il des déversements d’eaux usées dans les cours d’eau ?

La semaine dernière, on apprenait que la ville de Longueuil allait déverser près de 150 millions de litres d’eaux usées entre le 15 et le 22 novembre prochain. Même s’il s’agit d’une quantité moindre que le « flushgate » de 2015 à Montréal avec ses huit milliards de litres, l’opération est grandement critiquée. « Au moment où on se parle, il y a l’équivalent d’une rivière [d’eaux usées] qui coule de Montréal à chaque seconde », explique le biologiste Gilbert Cabana. « Nous n’avons pas le choix. Peu importe la municipalité, qu’elle ait des eaux traitées, peu traitées ou pas traitées, il faut qu’elles reviennent à la rivière. Elles ne peuvent disparaître. »Il faut donc plutôt se concentrer sur l’efficacité des traitements dans les usines d’épurations.

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Quels sont les impacts environnementaux d’un déversement d’eaux usées ?

Les impacts environnementaux diffèrent d’un déversement à l’autre, « puisque les substances rejetées vont-elles-mêmes être différentes à chaque déversement », soutient Gilbert Cabana. Des traitements insuffisants ou inexistants dans les usines d’épuration peuvent également engendrer des conséquences considérables sur la vie marine, mais également sur les humains eux-mêmes. « S’il y a trop de nutriments dans une eau déversée, il peut y avoir prolifération d’algues nocives et ça affecte nécessairement toute la chaîne alimentaire », affirme le biologiste en faisant référence aux poissons qui ingèrent et cohabitent avec les algues et aux humains qui mangent ces mêmes poissons. Selon l’ingénieure civile Isabelle Jallifier-Verne, « plus le débit d’un cours d’eau est fort, plus il y a des conséquences négatives sur l’environnement de celui-ci, puisque les matières se retrouvent sur les rives où se concentrent principalement les activités humaines et la faune ».

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Doit-on suivre régulièrement la qualité de l’eau ?

Des suivis sont nécessaires pour essayer de minimiser l’impact des rejets et déterminer quelles substances sont les plus polluantes. Cependant, les frais engendrés par les analyses peuvent parfois être bien salés. « Il y a des suivis de variables bien connues qui sont relativement peu dispendieuses à mesurer, notamment le phosphore, l’azote et les matières en suspension. Les médicaments aussi sont mesurables, mais ça coûte plusieurs centaines de dollars par analyse », note le biologiste. C’est pourquoi ces derniers sont évalués sur une base plus ponctuelle, plutôt qu’en continu. Or, dans plusieurs cas, les suivis ne servent que d’indicatifs. « Souvent, on fait des mesures et on ne peut rien faire, car c’est la nature d’un système. Ça varie d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre », aajoute Gilbert Cabana.

Eaux usées 5.png Camille Robillard

La station d’épuration de Montréal est-elle efficace ?

À Montréal, on retrouve la plus grande station d’épuration du Québec : la station Jean-R. Marcotte. Cependant, elle est considérée comme l’une des plus pollueuses. « Elle a commencé ces activités en1984. Depuis, la ville a grandi, il y a toujours plus de monde, mais pas plus d’argent investi dans l’amélioration de l’usine », met de l’avant Gilbert Cabana. Alors qu’elle traite à elle seule près de 40% des eaux usées de la province, on y effectue un traitement primaire physico-chimique qui facilite la décantation des solides et qui réduit la quantité de phosphore dans l’eau. Il s’agit d’un procédé insuffisant pour enlever un bon nombre de bactéries, de polluants organiques et de produits chimiques. Montréal n’est pas la seule ville à ne pas désinfecter correctement ses eaux usées. Selon un document de la coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau, Eau Secours, 60 % des eaux usées québécoises ne sont pas désinfectées. Plusieurs millions de dollars seraient nécessaires pour développer une meilleure façon de traiter nos eaux. Or, « la société n’est pas prête à payer le prix pour avoir des écosystèmes moins impactés. […] On préfère construire des stades olympiques au lieu d’avoir un fleuve propre. C’est un choix de société »plaide Gilbert Cabana.

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Comment peut-on réduire sa production d’eaux usées ?

Bien que les gouvernements aient un poids décisionnel sur les déversements, chaque individu peut également faire sa part en changeant certaines de ses habitudes. « On peut tout simplement réduire son utilisation de produits nettoyants et se tourner davantage vers des produits dits verts ou faites maison », peut-on lire dans le document d’Eau Secours. En plus de réduire sa consommation d’eau pour réduire le volume d’eau traitée, les foyers sont aussi invités à se doter d’un système de traitement des eaux grises, soit les eaux usées de la douche et du lavabo de la salle de bain. Les eaux des éviers de la cuisine et des lave-vaisselles ne peuvent pas, pour leur part, être récupérées en raison des matières graisseuses et organiques qu’elles contiennent.