Crédit: Béatrice Guimont

Sous quelles conditions les productions peuvent-elles reprendre?

Des mois après que l’industrie télévisuelle et cinématographique eut été contrainte de fermer en raison de la pandémie, les productions recommencent enfin à augmenter, mais les inquiétudes restent. Pour que les productions reprennent suite aux arrêts en mars dernier, il fallait deux choses. La première était la rédaction d’un guide. Alors, s’en est suivi le « Guide de normes sanitaires en milieu de travail pour la production audiovisuelle – COVID-19 » rédigé par Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Ce guide a été écrit grâce notamment à l’aide de techniciens, d’artistes et l’Institut national de santé public du Québec (INSPQ). Ensuite, le gouvernement a donné le feu vert le 8 juin à la suite de la rédaction du guide.  L’industrie cinématographique et audiovisuelle est la troisième en importance dans la création d’emplois au Québec, derrière l’aéronautique et la biotechnologie. L’industrie a rapporté des dizaines de millions de dollars juste cette année.

Comment travailler avec les mesures sanitaires en place?

« Sur les plateaux de tournage, c’est un fait connu que tout le monde travaille de près », affirme Chanel Foucault, coordinatrice du public à la Semaine des 4 Julie (entretien en tête à tête, 23 septembre 2020). Pour garantir une plus grande distanciation physique, les scènes extérieures sont privilégiées, les installations sont désinfectées régulièrement et les acteurs sont invités à porter leurs propres vêtements.

Crédit: Béatrice Guimont

Les mesures sur le plateau restent assez simples. La coordinatrice du public, Foucault, s’assure justement que ces mesures soient respectées par l’ensemble des spectateurs et des employées. Cette nouvelle réalité des plateaux de tournage demandera aux artisans un élan de créativité. Si le respect des deux mètres de toutes autres personnes est impossible, le port du masque, plus des lunettes de protection ou une visière sont de mise. Le masque doit être changé toutes les quatre heures maximum ou dès qu’il est souillé. Le lavage de mains doit être exécuté le plus souvent possible. En cas de symptômes, il est obligatoire de s’isoler. Bref, les mêmes consignes que pour tout autre type de travail. 

À quoi s’attendre d’une deuxième vague ?

Pour le moment, face à l’annonce de la deuxième vague, les plateaux ne sont pas confrontés à d’autres changements que ceux imposés en mars. Le mot-clé est « pour le moment », rappelle Anne-Valérie Tremblay, conseillère de financement à l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) (entrevue téléphonique, le 22 septembre)  « Avec la deuxième vague, toutes les industries sont dans la même situation, on craint des changements, mais on ne peut pas faire quand chose.»

Avec un rassemblement maximum de 250 personnes toujours en vigueur, une émission comme celle de l’animatrice Julie Snyder rentre dans les normes. Avec un public inférieur à 50 personnes et une équipe d’environ 90 employés en technique et en production, ils sont en règle. 

Pour les tournages qui se passent devant public, cette tâche relève d’un défi supplémentaire pour convaincre les gens que le lieu de tournage est un lieu sanitaire qui respecte les mesures de distanciation. « Suite à l’annonce de lundi dernier que nous sommes rentrés dans la deuxième, on a failli annuler le public», confie Chanel Foucault. «Je vois aussi la réticence de mon public. Il y a plus d’annulation ou de “no-show”, ça rend les journées plus stressantes . » 

Crédit: Béatrice Guimont

Quel est le rôle des assurances dans la gestion des productions? 

Les assureurs craignent de lourdes pertes monétaires avec les suspensions de tournages. L’AQPM, qui représente des productions indépendantes en web, en cinéma ou en télé, s’inquiète pour les contrats d’assurances. Avec la Covid, tous les plateaux de tournage ont été interrompus en mars, ceux à venir ou à confirmer ont été mis en suspens. Pour les assureurs, le risque de perte est devenu encore plus grand qu’à l’habitude. « Normalement, les compagnies d’assurances assurent les plateaux pour des imprévus comme le décès du comédien principale, pas la mise à pieds de tout le casting. C’est un défi de taille », explique Tremblay. 

Pour l’heure, les assureurs refusent presque systématiquement de supporter des nouvelles productions. Pourquoi ? Tout simplement par risque d’une éclosion sur un plateau et que les frais encourus pour la compagnie seraient très onéreux. 

Que souhaiter pour les prochains mois?

Dans certains pays, tels que le Royaume-Uni, la France et l’Autriche, les gouvernements ont créé des fonds d’indemnisation en cas d’éclosion sur les plateaux de tournages pour assurer de limiter les pertes engendrées. « Le souhait de l’AQPM est justement de travailler auprès du gouvernement pour que le fédéral mette en place ce même genre de plan », note Anne-Valérie Tremblay.

Elle mentionne aussi qu’il existe déjà une police d’assurance en vigueur au Québec, mais celle-ci serait temporaire et uniquement utile pour les productions déjà en cours. 

Crédit: Béatrice Guimont

Comment se porte le moral et la motivation des travailleurs ?

«J’ai commencé à faire des rougeurs à cause de mon masque et de ma barbe. Écoutez, je suis ici, 10 heures, avec mon masque, mes lunettes et je peux pas parler à beaucoup de monde comme d’habitude en respectant le deux mètres», s’exaspère René Di Fiori, technicien de plateau à la Semaine des 4 Julie.  Pour les techniciens, les mesures mises en place rendent très difficiles les longues heures de travail.

Sources:

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1732861/cinema-mark-wihak-film-production-arts-politique

https://www.tvanouvelles.ca/2004/11/24/lindustrie-du-cinema-au-quebec-se-mobilise

https://www.lapresse.ca/covid-19/2020-03-23/le-quebec-sur-pause-pour-trois-semaines