En quoi l’arrivée d’internet a changé le traitement de la nouvelle des médias traditionnels ?

L’internet a amené les médias traditionnels à favoriser l’accélération du traitement de l’actualité. Par exemple, les journalistes doivent accorder du temps de qualité à leur Facebook, Twitter et Instagram pour garder une présence accrue des spectateurs vers leur média. Les gens n’attendent plus les grands reportages de 17 H, 18 H ou 22 H pour avoir l’information à la télévision. « Les gens veulent du direct. Les gens veulent le savoir quand ça se produit et ils vont creuser pour rafraichir et chercher des détails continuellement et c’est selon moi le plus grand défi des médias d’aujourd’hui », mentionne Sébastien Goulet, animateur et descripteur hockey à TVA Sports.(Entrevue 8 novembre 2018)

Il y a une quantité énorme d’informations disponibles en un seul clic. N’importe qui peut s’improviser journaliste, de nos jours. Il suffit qu’un clavier et un écran d’ordinateur pour écrire une nouvelle et la partager sur les réseaux sociaux pour qu’elle devienne virale.

Pour survivre, les médias traditionnels ont dû revoir leurs méthodes de diffusion de l’information en adoptant les réseaux sociaux à leur quotidien. En 2017, plus de cinq utilisateurs sur six se sert de son téléphone pour accéder aux réseaux sociaux, selon le blog du moderateur. Il y a 2,307 milliards d’individus qui utilisent les réseaux sociaux, ce qui représente 31 % de la population mondiale. 3,419 milliards de personnes sont des internautes, c’est-à-dire 46 % de la population. Ces données obligent les journalistes à revoir leur stratégie pour intéresser les lecteurs et leur public.

press3.jpg Pier-Carl Rancourt

Comment peut-on se méfier des fausses nouvelles ?

Les fausses nouvelles peuvent circuler sans entraves sur les réseaux sociaux. Les rumeurs s’activent rapidement et il est difficile de changer la perception de la population lorsque la nouvelle est lancée. Par exemple, le Journal de Mourréal pouvait faire des articles complètement absurdes, mais ces nouvelles sont reprises et partagées par des internautes sur les réseaux sociaux.

Le professeur en journalisme à l’UQAM, Jean-Hugues Roy, est d’avis que les exemples de fausses nouvelles en sport sont rares. «Quand il y en a, elles sont généralement associées à des événements politiques, comme la fausse nouvelle selon laquelle Nike se serait rapidement dissocié de Colin Kaepernick.» (échange de courriel, 9 novembre 2018)

Comme certaines nouvelles publiées par le Journal de Mourréal, cette nouvelle a été partagée à de nombreuses reprises par les internautes comme une nouvelle authentique. «Il faut toujours s’en méfier en vérifiant toujours. La meilleure façon est de toujours remonter à la source d’une information, en sport comme dans tous les domaines. »

L’été dernier, Ilya Kovalchuk, un joueur de hockey professionnel évoluant en Russie, a exprimé son désir d’effectuer un retour dans la Ligue nationale de hockey. Un média russe a partagé l’information sur les réseaux sociaux en mentionnant qu’il s’était entendu sur les termes d’un contrat avec les Rangers de New York. L’information était fausse, mais elle a été reprise par plusieurs médias au Québec.  Ilya Kovalchuk a dû corriger la situation par lui-même avec les médias russes. Au final, il a signé un contrat avec les Kings de Los Angeles.

deuxième question sociaux.jpg Statista

En quoi le journalisme traditionnel se distingue du journalisme émergent ?

Le journalisme traditionnel va toujours se distinguer du journaliste sur internet par les primeurs et l’exclusivité des nouvelles. Le public va toujours être à la recherche d’une qualité d’information qu’on retrouve dans les journaux, à la radio et à la télévision. Le public peut consommer de l’information quotidiennement sur internet, mais il n’est pas à l’abri d’une fausse information. Nous sommes à une époque où les sites de « fake news » se multiplient considérablement. La présence des quotidiens traditionnels comme LaPresse, Le Devoir et Radio-Canada notamment apportent une information fiable et vérifiée.

« Ce qui nous distingue c’est qu’en sport, on est capable de faire vivre des émotions aux gens avec la présentation de matchs en direct, dit Mikael Lalancette, journaliste sportif chez TVA Sports. Par exemple, regarder le Canadien de Montréal, les séries de la coupe Stanley et regarder l’Impact de Montréal contre Toronto dans un match de finale ».( Entrevue 8 novembre 2018)

dazn.jpg DAZN.com

DAZN est-elle la nouvelle application qui va nuire aux médias télévisés ?

DAZN est un site sportif de diffusion en continu disponible au Canada depuis 2017. Vendu par abonnement de 20 $ par mois, on peut avoir accès de façon illimitée à la NFL, la MLS, la MLB, les plus grandes ligues de soccer européennes, la boxe, le tennis et le golf. Cette application se compare à Netflix. La télévision n’est plus la seule option pour regarder des événements sportifs en direct. La diffusion du sport est remise en question à la télévision. Avec une connexion internet, on peut avoir accès à une multitude d’événements en un seul clic.

Par le passé, les boxeurs ont fait revivre la boxe par le biais des réseaux de télévision. Face à une diminution de téléspectateurs, DAZN a pris un pari qui pourrait changer la perception des gens face à la télévision. DAZN croit pouvoir vendre des abonnements aux quatre coins du monde en présentant environ une quarantaine de galas de boxe par année. En effet, ce site vient d’annoncer en octobre dernier une commandite de 365 millions de dollars pour diffuser exclusivement les combats du champion des poids moyens de la WBC Canelo Alvarez.

Les téléspectateurs d’aujourd’hui ont un besoin de tout savoir dans l’instant et avec DAZN on peut faire le saut d’un match à l’autre ou d’un sport à l’autre en un seul clic. De son côté, la télévision présente un fait saillant à la fois.

david beaucage.jpg Facebook, David Beaucage

Quel regard apporte le journalisme émergent ?

Les médias émergents et les blogues vont apporter des sujets qui ne sont pas abordés par RDS, TVA Sports ou le 91,9 sports. Par exemple, l’humoriste David Beaucage, animateur du balado Drette su’l tape, reçoit des gens de différentes sphères du hockey dans sa chambre et il discute librement d’un sujet le nombre de temps qu’il désire. « C’est de faire qu’est-ce qu’on veut, de la manière qu’on le veut et c’est une liberté qui était impensable avant parce que c’était monopolisé par les médias télévisés, radio et journaux. Maintenant, il y a d’autres options. On a une caméra dans notre téléphone », dit David Beaucage.

Il n’y a pas de contrainte de temps et de mots avec les médias émergents. Ce que le public apprécie de ce type de journalisme c’est qu’on aborde des sujets qui ne sont pas apportés par les grandes boîtes d’informations et les sujets sont amenés de manière différente. « C’est certain que si je reçois quelqu’un à mon studio dans ma chambre et qu’on parle en prenant une bière, tu n’auras pas la même entrevue que quelqu’un qui est reçu à la télé qu’il s’est fait maquiller pendant trois heures et qu’il a quatre caméras devant lui. Ce cadre amène quelque chose de différent.»

Les médias émergents ont forcé les médias traditionnels à diffuser de l’information instantanée dans un format plus court que par le passé.

culture mobile.jpg Culturemobile

Pourrait-on assister à une cohabitation entre ces deux médias ?

Les médias traditionnels considèrent la baladodiffusion comme un complément d’information alors que les médias émergents le considèrent comme un produit en soit. Toutefois, nous sommes en voie d’en voir de plus en plus de collaboration entre ces deux diffuseurs d’informations, car les deux médias peuvent apporter des informations pertinentes différemment. 

Jean-Hugues Roy estime qu’on assiste déjà à une cohabitation entre ces médias. «Dans la décennie 2010, au moins trois projets de médias spécialisés en sport sur diverses plateformes en ligne on été lancés, uniquement par des étudiants en journalisme à l’UQAM. En 2012, il y avait le Camp des recrues. Il s’agissait d’une émission de radio numérique couplée à un site web.» En 2014-2015, Samuel Lachaine, alors étudiant au baccalauréat en journalisme, a lancé Sports Addik. Des étudiants actuels ont aussi décidé de se lancer dans le journalisme sportif en créant Sur le banc. «Tout ça se déroule pendant que les médias généralistes délaissent peu à peu le sport à la faveur des médias spécialisés comme RDS et TVA Sports»,  conclut-il.

Sources : www.blogdumoderateur.com

www.journaldemontreal.com

www.radio-canada.ca

www.watch.dazn.com