Qu’est-ce que le parachutisme ?

La sixième édition de l’événement « On saute à votre place » se tenait le 8 septembre 2018 à l’école de parachutisme Voltige 2001, près de Joliette. Organisé par Opération Enfant Soleil, l’activité avait pour but de réunir des personnes qui sautaient à une altitude de 13 500 pieds (4 115 mètres)  à la place d’un enfant malade. La totalité des dons amassés, soit un peu moins de 10 000 $, a été remise à l’organisme.

En 852, Armen Firman était le premier homme connu à se jeter d’une tour à Cordoue, en Espagne, en utilisant une voile tendue par des perches de bois pour arrêter sa chute. Il s’en est sorti avec des blessures mineures. Depuis, le parachutisme est devenu un sport extrême qui a beaucoup évolué en matière de sécurité et qui englobe différentes disciplines. Un saut en tandem, attaché à un instructeur, sera la première étape si vous n’avez jamais sauté d’un avion. Par après, en suivant votre cours, vous pourrez sauter seul ou en groupe, dépendamment de votre niveau d’expérience. Il y a la chute libre sur la bedaine (la position de base en parachutisme), où le taux de chute permet une vélocité de 200km/h et une bonne stabilité. Il y a le freefly où la chute libre peut se faire en position assise, debout, la tête en bas, en angle… Autrement dit, dans n’importe quelle position hormis celle de base. Le taux de chute atteint en freefly dépasse celui de la chute libre en position arquée. Il y a le wingsuit, qui est un vol en combinaison ailée. Cette discipline permet de flotter plutôt que de tomber, tel un polatouche; cet écureuil volant qui saute d’un arbre à l’autre. Il y a des sauts de formation sous voilure, où les parachutistes viennent se faire toucher leur voile les unes contre les autres afin de créer une formation. Il existe aussi bien d’autres disciplines, assez pour que tout le monde y trouve son plaisir.

2018-08-20 16_59_20-WMPTransition.PNG Yoann Perrier

Comment devient-on parachutiste ?

Chaque personne âgée de 16 ans et plus qui souhaite devenir parachutiste doit d’abord avoir accompli un saut en tandem. Après quoi, elle peut suivre la formation de Progression assistée de chute libre (PAC). Cette formation inclut un cours théorique de cinq heures expliquant les fondements et règles de sécurité du parachutisme; une séance de 15 minutes en soufflerie afin de simuler la position qu’il faut adopter en chute libre ainsi qu’un lot de neuf sauts dans le ciel. Lors de ces sauts, l’étudiant saute seul, mais un ou deux instructeurs qualifiés l’accompagnent afin de corriger sa position et intervenir en cas de situations inhabituelles. Au terme de cette formation, l’étudiant doit être en mesure d’effectuer « une gestion complète de son saut », explique le propriétaire de l’école de parachutisme Voltige 2001 Mario Blanchard (Rencontré en personne, 29 septembre 2018). Il doit être capable de voler de manière autonome, être stable lors de la chute libre, avoir une conscience permanente de son altitude et être en mesure d’atterrir sans guidage radio.

Une fois ces étapes accomplies et un court examen récapitulatif effectué, l’étudiant recevra un certificat de l’Association Canadienne de Parachutisme Sportif (ACPS) attestant qu’il peut voler en solo. D’autres formations sont offertes tout au long du cheminement du parachutiste afin de lui permettre d’évoluer dans ce sport. Certaines ont pour but de l’aider dans le maniement de la voilure, de perfectionner ses techniques de vol ou d’apprendre une nouvelle discipline.

Voltige - Anatomie d'un atterrissage2.jpg François Bertrand-Potvin

Quels sont les risques ?

Se lancer d’un avion n’est certainement pas naturel. Différents facteurs de risques existent et les parachutistes en sont généralement bien informés afin de prévenir les accidents. Des recommandations de sécurité de base sont émises par l’ACPS. Entre autres, la possibilité de sauter est révisée par le directeur des opérations du centre de parachutisme si la météo n’est pas propice (vents trop forts, couche nuageuse trop dense, pluie, etc.).

Mario Blanchard explique que les accidents mortels sont « très rares ». À son école, il n’en a jamais vu. « Il s’agit surtout de petits accidents mineurs, comme des fractures ou des entorses, aux pieds, aux chevilles, aux genoux », précise-t-il (Échange téléphonique, 27 septembre 2018). D’après un rapport Accident, Incident, Défaillance produit par l’ACPS, cela se produit principalement lors de l’atterrissage. Les parachutistes, qu’ils soient novices ou expérimentés, ont parfois du mal à évaluer l’approche finale du parachute et peuvent freiner trop haut ou trop bas. Dans le premier cas, un parachutiste qui freine une dizaine de pieds trop haut arrêtera la descente verticale du parachute. Il va donc tomber comme si plus rien ne le soutenait. Dans une situation où le parachutiste freine trop bas, il percutera la planète un peu trop fort, avec les conséquences que l’on devine. Le dernier accident mortel en parachutisme au Québec a eu lieu à l’école Atmosphair, en banlieue de Lévis, le 14 septembre 2011. Au Canada, en 2017, il y en a eu deux.

Plusieurs malfonctions peuvent aussi survenir lors d’un saut en parachute, notamment à l’ouverture. Il peut y avoir des torsades, des déchirures, des ouvertures prématurées, ou d’autres types de problèmes. Les parachutistes ont la responsabilité de se tenir informés de ces possibilités et de connaître les manœuvres à effectuer en pareille situation.

Photo A-Tandem1 - 03.JPG Dominic Caccionne

Quels sont les effets sur le corps ?

À une situation stressante, le corps doit s’adapter afin de survivre. Il sécrète alors un « cocktail de drogues hormonales » comme l’adrénaline, l’endorphine, la dopamine, l’ocytocine, etc. géré par le système nerveux sympathique. Le technicien en laboratoire Philippe Blanchard (Rencontré en personne, 30 septembre 2018) explique qu’ « en situation de stress, le rythme cardiaque s’accélère, les pupilles se dilatent, la respiration s’accélère… Tout se met en place afin de réagir à la situation de stress, qu’il s’agisse d’un saut en parachute ou de l’attaque d’un ours ».

Mario Blanchard a assisté à un saut effectué avec un lecteur de pulsations cardiaques et il constate qu’il y a deux « peaks » : la sortie de l’avion et l’ouverture du parachute.

Tout ce beau mélange de drogues naturelles procuré par les émotions fortes vécues en parachutisme permet de « se sentir vivant ». C’est comme une thérapie.

DSC_8941.jpg François Bertrand-Potvin

Combien ça coûte faire du parachute ?

Et toute thérapie a un coût. Voici un portrait des dépenses liées à ce sport : Harnais de base – $ 2 700 US ; Dispositif d’activation automatique DAA – $ 1 300 US ; Voilure principale – $ 2 330 US ; Voilure de réserve – $ 1 400 US. Donc un parachute tout inclus coûte près de 7 750 dollars américains, ou environ 10 000 $ en devise canadienne. Il est facile d’ajouter un 1 000 $ CA d’options pour le confort ou l’apparence de l’équipement. Les prix montent rapidement.

Les prix suivants sont en devise canadienne. Un casque coûte, en moyenne, 400 $; un jumpsuit environne les 500 $; un altimètre, 230 $; un altison, 350 $.

On se rappelle de la formation PAC? Il en coûte 1 500 $ pour la suivre, tout inclus (le cours théorique, le cours en soufflerie, les neuf sauts, un manuel d’instruction du parachutisme et des lunettes). Pour sauter, une fois que le PAC est accompli, un saut à 13 500 pieds coûte 36 $. Pour un sauteur régulier, une saison moyenne de 100 sauts coutera donc 3 600 $.

IMG_4170.JPG François Bertrand-Potvin

Il est où le bonheur ?

Se jeter d’un avion en marche à 13 500 pieds d’altitude, tomber en chute libre en direction du sol à une vitesse de 200km/h, 17 étages par seconde, avoir le souffle coupé, voir le sol se rapprocher radicalement, les routes, les rivières, les champs qui grossissent, être au-dessus des nuages et admirer ce vaste plancher cotonneux, passer dans les nuages, sentir les gouttes d’eau happer notre peau, la vapeur, l’humidité, l’air dense, l’air léger, être dans le coucher de soleil plutôt que de le regarder, être entourer d’espace, trop d’espace, n’avoir aucune limite, aucune frontière, être libre, seul dans un ciel éternel, soulagé de tout stress, de toute responsabilité du train-train quotidien : c’est cela, et bien plus, la thérapie du parachutisme. « Adorer sauter d’un avion et lâcher le métal », c’est la raison pour laquelle Jean-François Legruiec, 73 ans, saute depuis 1965. Il cumule plus de 1700 sauts et s’amuse toujours autant.

Sources :

Mario Blanchard, propriétaire de l’école de parachutisme Voltige 2001

Philippe Blanchard, technicien en laboratoire

Jean-François Legruiec, parachutiste

Association Canadienne de Parachutisme Sportif, http://www.cspa.ca/fr

Opération Enfant Soleil, http://dons.operationenfantsoleil.ca

TVA Nouvelles, https://www.tvanouvelles.ca