Qu’est-ce que la maladie débilitante chronique des cervidés ?

La maladie débilitante chronique (MDC) ou encéphalopathie des cervidés (EC), est une maladie dégénérative qui s’attaque au système nerveux central des cervidés. Elle s’apparente à la maladie de la vache folle et la tremblante du mouton, ou encore de la maladie de Creutzfeldt-Jakob chez l’homme. Elle est causée par des protéines anormales, qui sont appelées prions. Le 10 septembre, un cas de MDC a été recensé chez un spécimen d’un élevage de cerfs rouges dans la région des Laurentides. Il s’agit du premier cas connu à ce jour dans la province de Québec. Selon Nicolas Bégin, responsable des dossiers de la faune pour le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP), il est important de se rappeler qu’elle n’est pas seulement transmissible à cette espèce. « Bien qu’on ne parle en ce moment que d’un cas d’infection chez le cerf rouge, la maladie pourrait également atteindre d’autres cervidés comme le cerf de Virginie, l’orignal, le wapiti ou le caribou. C’est quelque chose que l’on doit prendre en considération, surtout en ce qui concerne les élevages et la chasse, par exemple » (Entrevue téléphonique, 11 octobre 2018).

rouge.jpg Léa Viens

Quelles sont les conséquences de l’apparition d’une telle maladie ?

L’apparition de cette maladie aura sans équivoque des conséquences sur la chasse au Québec, puisque certains territoires seront fermés ou mis sous surveillance. Selon Félix Lebel, qui pratique la chasse à l’orignal, les mesures prises sont légitimes même si elles peuvent décevoir certains adeptes de la chasse. « Je comprends qu’ils soient déçus, parce que la chasse aux chevreuils demande beaucoup d’investissement de temps et d’argent sur la préparation du territoire de chasse. Ils ne comprennent peut-être pas tous la décision du gouvernement, mais je crois que des mesures doivent être prises pour que ça ne se propage pas à tous les territoires de chasse » (Échange de courriels, 11 octobre 2018). Nicolas Bégin croit pour sa part que bien que pour l’instant la situation semble contrôlée et que la majorité des tests se soient révélés négatifs, elle n’est pas à prendre à la légère. « Comme il n’y a pas de traitement connu contre cette maladie et aucune façon de la détecter jusqu’à très peu de temps avant la mort de l’animal infecté, une fois qu’elle est introduite dans la nature sauvage, il est extrêmement difficile de l’éliminer. Cela pourrait entrainer des conséquences assez graves sur la population de cervidés du Québec ». Au Québec, les périodes de chasses se déroulent de la mi-septembre à la mi-novembre, dépendamment des animaux chassés. En 2017, le nombre comptabilisé de cervidés (cerfs de Virginie, caribous et orignaux) abattus lors de la chasse, toutes régions confondues, était de 81 219. 

chassequébec3.jpg Chasse Québec

Quelle est sa situation au Québec ?

C’est la première fois qu’un cas de cette maladie est repéré et signalé au Québec, même si le MFFP a analysé un peu plus de 9500 bêtes depuis 2007. L’animal infecté, un cerf rouge d’élevage, fait partie d’un troupeau d’une ferme située à Grenville-sur-la-Rouge. Après que le cas ait été déclaré, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a décidé de mettre en quarantaine le troupeau de 3000 cerfs des fermes Harpur. Après une enquête plus complète, Ottawa a demandé l’abattage de tous les animaux du troupeau. Ces derniers ont ensuite été soumis à des tests, afin de s’assurer que la MDC n’ait pas infecté d’autres animaux. Pour l’instant, les tests se sont révélés négatifs et donnent l’impression que le cas d’infection ne pourrait être qu’un cas isolé.

chassequébec2.jpg Chasse Québec

En quoi est-elle dangereuse ?

La MDC est fatale pour les animaux qui la contractent. Indétectable et asymptomatique de 18 jusqu’à 48 mois après l’infection, elle finit par être fatale lorsque les animaux infectés entrent en phase terminale. Certains symptômes peuvent indiquer l’infection d’un animal, mais apparaissent également peu de temps avant que la maladie soit fatale pour ce dernier. Ils peuvent se manifester sous la forme d’une salivation excessive, une position d’appui sur les membres qui est anormale, et l’animal peut sembler anormalement apeuré, agressif ou désorienté. Selon Santé Canada, il n’existe aucune preuve scientifique connue que cette maladie soit transmissible à l’être humain. Par contre, le risque zéro n’existant pas, elle recommande de ne pas consommer la chair et les tissus d’un animal infecté.

DSC_1722.jpg Léa Viens

Comment se combat-elle ?

Bien qu’il s’agisse encore d’une maladie assez mal connue, en grande partie par le fait qu’elle est très difficilement détectable, il n’existe à ce jour aucun vaccin préventif et aucun traitement. Elle est donc impossible à combattre lorsqu’un animal est infecté, et le vrai réel traitement est donc la prévention.

Capture d’écran 2018-10-17 à 15.40.39.png Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec

Comment peut-on la prévenir ?

Comme la protéine responsable de la propagation de la maladie se retrouve dans l’urine, les selles, la salive et le sang des animaux atteint, l’ACIA a mis en marche la décontamination du sol des fermes Harpur sur une surface de 1000 acres, pouvant atteindre une profondeur dans le sol de 10 pouces à certains endroits. Comme l’urine de mâles ou de femelles en chaleur est également utilisée lors de la chasse pour attirer les animaux sauvages, une autre avenue de prévention serait l’arrêt de l’utilisation d’urines naturelles, en les remplaceant par des urines synthétiques. Le MFFP a également fermé certains territoires de chasse soupçonnés d’être à risque, et a émis l’obligation pour les personnes chassant dans un rayon de 45 kilomètres entourant le secteur de la ferme contaminée de faire analyser toutes leurs prises. Il songe aussi à mettre en place une fermeture de la chasse dans les zones 9 Ouest et 10, un territoire englobant la frontière de l’Ontario jusqu’à Saint-Donat. Une clôture supplémentaire pourrait également être installée autour des enclos de la ferme Harpur, afin d’empêcher les animaux sauvages d’entrer en contact avec un environnement qui pourrait être contaminé.

Sources :

La Presse, https://www.lapresse.ca/environnement/201810/04/01-5199018-pourquoi-avoir-abattu-3000-cerfs-dans-les-laurentides.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_regional_4187018_section_POS3

Le Devoir, https://www.ledevoir.com/societe/environnement/537119/la-chasse-au-cerf-de-virginie-menacee-dans-l-ouest-du-quebec

Radio-Canada, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1126621/maladie-cerfs-crise-chasse-outaouais-faune

Ministère des forêts, de la faune et des parcs du Québec, https://mffp.gouv.qc.ca/la-faune/securite-sante-maladies/maladie-debilitante-chronique-cervides/

Journal de Québec, https://www.journaldequebec.com/2018/09/15/mdc-un-premier-cas-decouvert-au-quebec

Cision: https://www.newswire.ca/fr/news-releases/sante-des-animaux—premier-cas-de-maladie-debilitante-chronique-mdc-des-cervides-au-quebec-693313461.html

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