NICHOLAS KAMM / AGENCE FRANCE PRESSE

Pourquoi discrédite-t-on le confinement aux États-Unis ?

Alors que les États-Unis sont le pays le plus lourdement affecté au monde par la COVID-19 en chiffres absolus, de nombreux citoyens américains remettent en question la légitimité des mesures sanitaires proposées par les autorités, pour tenter d’endiguer le virus. 

C’est le cas du procureur général américain (ministre de la justice), William Barr, qui estime que les mesures de confinement prises pour contenir la pandémie de COVID-19 correspondent au « pire empiétement sur les libertés civiques de toute l’histoire américaine » à l’exception « de l’esclavage ». Cette déclaration, faite le 17 septembre, a été vivement critiquée par les démocrates.

Selon de nombreux Américains, dont le procureur général, le confinement est dévastateur pour l’économie et brime leurs libertés individuelles, car il invoque le premier amendement de la Constitution : celui-ci stipule qu’aucune loi ne devrait porter atteinte à la liberté de s’assembler, de religion, d’expression et de presse. De plus, selon les chiffres de la télévision française BFM TV, plus de 22 millions d’Américains se sont inscrits au chômage, les privant ainsi de leur unique revenu. Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II, s’est entretenu avec le journal Le Parisien, le 18 avril. Celui — ci affirmait que ce sont majoritairement des républicains pro-Trump qui manifestent contre l’intervention de l’État dans leur vie.

AGENCE FRANCE PRESSE

Le débat entourant les mesures sanitaires entraîne-t-il des tensions politiques aux États-Unis ?

Ce débat oppose les gouverneurs voulant maintenir un confinement prolongé et le président Donald Trump et son administration, qui multiplie les attaques à leur encontre. 

Le locataire de la Maison-Blanche n’a cessé de minimiser l’ampleur de la pandémie et a manifesté son scepticisme envers les mesures de confinement. Selon lui, celles-ci infligent « un trop lourd tribut à l’économie américaine ». Ses discours controversés depuis le début de la crise ont galvanisé une partie de la population qui soutient ouvertement le président. D’autres en revanche ne sont pas aussi enthousiastes que Donald Trump à l’idée de lever les restrictions. Un récent sondage de l’institut Pew Research Center montre que deux tiers des citoyens américains ne souhaitent pas la levée trop rapide des restrictions. 

Les gouverneurs estiment être en droit de maintenir les mesures sanitaires en vigueur. Même si Donald Trump a décrété à maintes reprises détenir l’argument d’autorité, ce sont les gouverneurs et les maires qui décident de rouvrir ou non leurs états.

President Donald Trump gestures to the media as he leaves the White House, Friday, Feb. 16, 2018, in Washington, for a trip to his private Mar-a-Lago resort in Florida.
MANUEL BALCE CENETA / ASSOCIATED PRESS

La popularité du président américain est-elle affectée par sa gestion de la crise ?

Les nombreuses incohérences de Donald Trump depuis le début de la pandémie ont eu un effet négatif sur sa popularité.

Selon le sondage le plus récent de l’Institut Pew, publié le 24 août, 38 % des Américains approuvent les performances globales de Donald Trump, contre 59 % qui les désapprouvent totalement. 

Après avoir longtemps déclaré maîtriser la situation, le locataire de la Maison Blanche change constamment de position en semant doute et consternation dans le monde entier, depuis le début de la crise. 

Jean Bernard Cadier, correspondant de BFM TV à Washington a affirmé dans le journal Le Parisien, le 17 avril dernier, que Donald Trump « reste embourbé dans les querelles politiciennes et c’est pour ça qu’il n’arrive pas à apparaître comme le chef de guerre qu’il voudrait être ». Tout au long de la crise, Donald Trump ne parvient pas à incarner son rôle de leader auprès de la nation.

En conférence de presse, le président américain se veut rassurant et cherche à séduire son électorat à moins d’un mois des élections présidentielles de 2020. L’argument central qu’il maintient tout au long de sa campagne est la bonne santé de l’économie américaine.

DON EMMERT / AFP

L’économie américaine se porte-t-elle si bien que l’affirme Donald Trump ?

Les chiffres sont plutôt en désaccord avec le président américain. 

En août, le département du Commerce a annoncé dans un communiqué que le Produit intérieur brut (PIB) des États-Unis amorçait une baisse historique de -32,9 % en rythme annualisé : cela signifie que le pays est officiellement en récession, après deux trimestres de baisse du PIB. Au deuxième trimestre de 2019, la baisse était de 9,5 %. 

Le rythme annualisé est une mesure utilisée aux États-Unis pour estimer la croissance. Elle compare le PIB à celui du trimestre précédent. 

Cette baisse de la croissance a été provoquée par la pandémie de COVID-19 et est le résultat des mesures de confinement drastiques, mises en place un peu partout dans le pays. La croissance économique américaine fonctionne au ralenti depuis plusieurs mois.

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TAMI CHAPPEL / REUTERS

Quelles sont les communautés les plus atteintes par la pandémie aux États-Unis ?

De manière globale, les Afro-américains et les Latinos sont les communautés les plus touchées par la COVID-19 aux États-Unis. Seulement certains États et certaines villes publient des statistiques permettant de comparer la gravité des formes de COVID-19 par ethnicité. D’après les chiffres du journal La Presse (édition du 7 avril), dans l’Illinois, les Noirs représentent 14 % de la population, mais 42 % des décès liés à la pandémie. À Chicago, c’est 72 % des morts, alors qu’ils représentent moins d’un tiers des habitants. En Louisiane, 33 % des habitants sont Noirs, mais 70 % de cette proportion sont morts à cause du virus.

Dans ce pays, il y a toujours eu des inégalités au niveau de l’accès au soin entre les différentes communautés. La crise de COVID-19 n’a fait que les accentuer et la pauvreté est un facteur aggravant parmi d’autres. 

Être Noir aux États-Unis implique souvent un statut social plus faible. Selon un témoignage dans Le Devoir de Rebecca Myerson, professeure en santé publique à l’Université du Wisconsin (le 8 avril 2020), les Afro-Américains ont de nombreux problèmes de santé qui les affectent beaucoup plus que d’autres communautés. Les prédispositions telles que l’obésité, les maladies cardiaques ou pulmonaires ou le diabète accentuent les risques de complications en cas de contamination à la COVID-19. 

Les Latinos, tout comme les Afro-Américains sont plus susceptibles d’être sans assurance ou sous assurés, ce qui limite d’autant plus leur accès aux soins. 

Rappelons que Donald Trump a supprimé l’Obamacare, autrement dit « la loi sur le soin abordable », permettant au plus grand nombre de bénéficier de soins de santés en souscrivant à une assurance maladie couvrant un minimum de services. Les États-Unis n’ont pas de système d’assurance maladie universelle.

À Chicago, des personnes patientent avant de passer un test de dépistage.
JOSHUA LOTT / REUTERS

Y-a-t-il des aides gouvernementales pour venir en aide aux sinistrés de la COVID-19 ?

Le gouvernement fédéral a mis en place un gigantesque plan d’aide pour les sinistrés de la COVID-19 : plus de 2000 milliards de dollars ont été débloqués en urgence par le Congrès en mars dernier. Il s’agit de la loi Cares Act qui a pour but de venir en aide aux familles et aux entreprises frappées de plein fouet par la crise.

Au mois d’avril, plus de 22 millions de citoyens sont inscrits au chômage et des dizaines de millions d’emplois avaient été supprimés dès les premières semaines de la pandémie. Dans le même mois, l’on compte environ 19 millions d’emplois perdus. Aujourd’hui la création d’emploi reste ralentie. Les entreprises avaient recommencé à embaucher lors du déconfinement, mais beaucoup ont été obligés de licencier à nouveau leurs employés à cause de la résurgence du virus.

Gregory Daco, chef économiste chez Oxford Economics a réagi dans le journal Le Soleil. Il affirme que « l’enjeu immédiat est d’«éviter un effondrement total» des petites et moyennes entreprises qui fournissent aujourd’hui plus de la moitié des emplois aux États-Unis ». Le plan d’aide initial a été complété de quelque 500 millions de dollars pour les petites entreprises.

De nouveaux projets de dépenses vont continuellement voir le jour au fur et à mesure que la crise perdure. Mais ce ne sera pas sans conséquence pour l’économie américaine qui fait déjà face à une récession: la dette des États-Unis devrait atteindre 98% de son PIB cette année, et s’élèverait à 107% de son PIB en 2021.

Plusieurs banquiers centraux américains précisent que les multiples aides budgétaires ne pourront pas régler tous les problèmes posés par la récession économique actuelle.

Sources :

https://www.tvanouvelles.ca/2020/08/27/la-contraction-historique-du-pib-americain-ralentithttps://www.journaldemontreal.com/2020/07/30/les-etats-unis-sont-officiellement-en-recession-apres-deux-trimestres-de-baisse-du-pib

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1011820/obamacare-explications-reforme-sante-etats-unis

https://www.tvanouvelles.ca/2020/09/17/leconomie-americaine-tourne-au-ralenti-et-guette-de-nouvelles-aides-du-congres

https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2020-09-17/le-procureur-general-americain-fait-un-lien-entre-le-confinement-et-l-esclavage.php

https://www.leparisien.fr/international/chauffes-a-blanc-par-trump-qui-sont-ces-americains-qui-manifestent-contre-le-confinement-18-04-2020-8301888.php

https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2020-04-07/la-covid-19-semble-frapper-demesurement-les-noirs-aux-etats-unis

https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2020-09-02/la-dette-des-etats-unis-gonfle-toujours-pas-de-nouveau-plan-d-aide.php

https://www.editions-legislatives.fr/actualite/aides-du-gouvernement-americain-en-reponse-au-covid-19-les-enquetes-arrivent

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