Y-a-t-il une relève dans la prêtrise au Québec ?

La pénurie de prêtres se fait de plus en plus sentir. Pour palier ce manque, de nombreux prêtres étrangers viennent pratiquer leur métier ici. Avec les mesures liées à l’immigration que le Québec compte imposer, comme le test des valeurs, ces prêtres pourraient avoir plus de difficultés à venir s’établir ici. « Dans les années 50-60, on avait plus de 200 candidats à la prêtrise au grand séminaire. Actuellement, on en a seulement 15 », déclare l’abbé Luc Paquet qui est également le recteur du Grand Séminaire de Québec. (Entrevue téléphonique le 8 novembre 2019). Selon Raymond Poisson, évêque de Saint-Jérôme âgé de 60 ans, la population vieillissante du Québec à un lien direct avec le manque de prêtres québécois. « [La population] est encore plus vieillissante dans l’Église catholique. La relève presbytérale est surtout composée de gens ayant de jeunes familles. Un homme marié de 75 ans ne va pas décider de devenir prêtre. » (Entrevue téléphonique le 7 novembre 2019). Bien que les jeunes Québécois intéressés par la prêtrise sont de moins en moins nombreux, l’Église n’est pas à cours de personnel. « Il y a beaucoup de jeunes prêtres qui sont dans la région métropolitaine et qui font partie des communautés ethniques », explique Poisson.

Capture d’écran 2019-11-08 à 12.46.43.png Alexandra Grenier

Les nouveaux arrivants sont-ils la solution à la pénurie ?

La raison pour laquelle autant de prêtres proviennent désormais de l’étranger est fort simple. L’Église catholique forme des prêtres dans différents pays et les envoie là où il en manque. « La moitié des effectifs de Saint-Jérôme vient de l’étranger », raconte Poisson, « ces prêtres viennent en ayant été en partie formés ou en l’étant complètement. En ce moment, le Québec est dans le besoin et plusieurs prêtres étrangers viennent donc ici pour pallier ce manque. » Ces prêtres, qui proviennent majoritairement de l’Afrique noire, doivent malgré tout passer par les mêmes étapes que tout autre nouvel arrivant. Ils devront donc également faire face au test des valeurs que le Québec imposera prochainement aux candidats à l’immigration. « Les prêtres étrangers n’ont pas de passe-droit lorsqu’ils font des démarches d’immigration. Mais il faut toutefois prendre en compte que ce sont des gens qui viennent faire un métier que tout le monde ne peut pas faire. Tout le monde peut laver la vaisselle, mais ce n’est pas tout le monde qui peut être prêtre. L’Église s’engage à leur fournir un travail et pourvoir à leurs besoins », déclare Poisson. Ce dernier croit d’ailleurs que les mesures en matière d’immigration instaurées par le gouvernement n’affecteront pas les prêtres étrangers qui souhaitent venir ici. Mais tous les prêtres venus d’ailleurs ne sont pas tous bons à prendre, selon Paquet. « C’est certain qu’on peut ouvrir bien grand aux demandes qui sont faites de l’étranger, puisqu’on en reçoit un nombre important, mais parfois ces gens ne viennent pas ici pour de bonnes raisons. Ils ont parfois été refusés par leur propre évêque et ce n’est donc pas nécessairement une bonne idée de les accueillir ici », explique-t-il.

Capture d’écran 2019-11-11 à 20.17.37.png Alexandra Grenier

Comment devenir prêtre ?

Paquet explique que la plupart des candidats à la prêtrise se présentent après avoir eu leur diplôme d’études collégiales et aussi après avoir passé un certain nombre d’années sur le marché du travail, dans divers métiers n’ayant pas forcément de lien avec la religion. « Ils sont très rares désormais  ceux qui entrent au séminaire à 18-19 ans directement après avoir fini leurs études collégiales », raconte-t-il. La formation des prêtres dure sept ans, au cours desquelles les candidats complètent un certificat en philosophie, ainsi qu’un baccalauréat en théologie, tout en résidant à temps plein au séminaire. Les candidats doivent ensuite accomplir un stage rémunéré au sein d’un milieu paroissial, puis ils retournent au séminaire une dernière année pour intégrer les connaissances acquises au cours de leur formation. « C’est comme ça que ça fonctionne à Québec. À Montréal c’est un peu différent, mais ça reste sensiblement semblable », ajoute Paquet. « Au terme de cette formation, le candidat demande à l’évêque à être ordonné diacre, qui est l’étape avant de devenir prêtre. Six mois après cela, le candidat peut demander à être ordonné prêtre. »

devenir-pretre-696x464 ecdq.org.jpg ecdq.org

Comment encourage-t-on les gens à devenir prêtre ?

Pour attirer plus de gens sur les bancs de la prêtrise, l’Église n’a d’autres choix que d’utiliser les réseaux sociaux. « On ne fait pas de campagnes de publicité à proprement parler », explique l’abbé Paquet. « On lance de l’information par le biais de notre site web ou par Facebook pour inviter ceux qui le désirent à venir découvrir la formation et on fait aussi ce qu’on appelle des journées d’informations. 75% des gens qui participent à ces journées ne donnent pas suite, et c’est correct, mais il y en a toujours certains qui vont vouloir s’engager. » 

Capture d’écran 2019-11-08 à 12.49.36.png Alexandra Grenier

Que fait l’Église pour fonctionner malgré le nombre diminuant de prêtres ?

Selon Paquet, l’une des solutions envisagées par l’Église pour faire face à la pénurie de prêtre est de réduire leur charge de travail. « On compte faire en sorte que les prêtres travaillent avec des laïques pour que les prêtres puissent se concentrer sur les tâches que seul un prêtre peut faire. Par exemple, les cours de catéchèse peuvent être donnés par des laïques qui ont reçu une formation pour ça », explique Paquet.

jour-du-seigneur-messe-oratoire-saint-joseph-quebec.jpg Jour du Seigneur

Le jour du Seigneur encore longtemps à Radio-Canada ?

Avec cette pénurie de prêtres et les décisions du gouvernement québécois de rendre l’État de plus en plus laïc, on peut se demander si l’émission Le jour du Seigneur, qui présente la messe catholique tous les dimanches matin à Radio-Canada sera diffusée encore longtemps. Pour Poisson, qui fait partie de l’équipe de l’émission, la question ne se pose même pas. « Il s’agit de la plus vieille émission encore en ondes de Radio-Canada et c’est aussi celle qui est la plus populaire les matins de week-end. Elle cumule plus de 300 000 cotes d’écoute. C’est une émission qui est toujours très attendue et ça suscite beaucoup de réactions chaque fois qu’elle n’est pas diffusée, comme lors des Jeux Olympiques. » Cette émission qui a été crée en 1953 a parfois eu un auditoire annuel de plus de 500 000 personnes, selon un sondage effectué en 1987. Ce sondage révélait toutefois que l’auditoire annuel normal était d’environ 360 000 personnes. En ce qui a trait à la laïcité de l’État, Poisson croit qu’il n’y a pas de problème à ce que l’émission soit encore diffusée. « Radio-Canada ne fait pas la promotion de la religion catholique, mais elle se doit de refléter les valeurs et les intérêts des citoyens. La religion catholique fait encore partie des valeurs des Québécois et c’est pourquoi la messe du dimanche est encore diffusée », conclut-il. Rappelons qu’en 2011, 75 % des Québécois se considéraient catholiques.

Sources :

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/660136/religion-catholiques-sondage-quebec

http://archives.radio-canada.ca/sports/religion_spiritualite/clips/9779/

https://www.ledevoir.com/culture/ecrans/550239/television-l-emission-second-regard-disparait

https://ici.radio-canada.ca/television/seigneur/audit.htm