Pourquoi l’escalade devient-elle une discipline olympique ?

La Fédération internationale de l’escalade sportive (IFSC) a longtemps fait pression auprès du comité olympique pour que le sport soit admis comme discipline. Un nouveau programme des Olympiques mis sur pied pour les jeux de Tokyo de 2020 a ensuite permis au Japon de proposer certains sports, dont l’escalade.  Les sports proposés devaient avoir un intérêt local et international; ce qui correspond bien à l’escalade, un sport qui a connu une recrudescence de popularité dans les dernières années.  Alors que la « grimpe » était surtout vue comme un sport traditionnel effectué en nature, l’arrivée des centres d’escalades dans les grands centres urbains a rendu le sport accessible à une plus grande partie de la population. Le moment était donc bon, et les organisations d’escalade ont saisi l’opportunité au vol. Pour les athlètes, c’est une grande victoire. « Il n’y a que de l’enthousiasme chez les athlètes de haut niveau! Ils sont exaltés à l’idée de participer aux Olympiques et d’y performer!  »,   déclare Andrew Wilson, entraîneur pour l’équipe nationale  d’escalade canadienne.  (Entretien téléphoniqu, 18 septembre 2018).

Japan_-_Tokyo_Maya-Anaïs Yataghène.jpg Escalade sur un mur de bloc à Tokyo | Maya-Anaïs Yataghène (wikimedia commons)

En quoi va consister cette nouvelle discipline ?

Le tout prendra un format particulier qui a d’abord fait polémique auprès des grimpeurs : l’escalade en combiné. « Étant nouvelle aux jeux, l’escalade ne s’est fait offrir qu’une seule médaille par le comité olympique. Pourtant, c’est un sport qui comprend plusieurs disciplines dont le bloc, la voie et la vitesse. Une décision a dû être prise, c’était soit une seule discipline qui allait être retenue ou l’option qui fut choisie étant un combiné des trois pour l’obtention d’une seule médaille. Évidemment, ce n’est pas l’idéal, puisque ces trois disciplines sont complètement différentes! On pourrait comparer cette épreuve de combiné à un coureur qui devrait participer au sprint, au 400m haies et au marathon pour combiner ses résultats et définir un classement », explique le grimpeur québécois Sébastien Lazure. (Échange de courriel. 19 septembre 2018). Le bloc est un type d’escalade qui se pratique sans corde, sur des parois moins hautes, mais qui nécessite des mouvements difficiles et puissants. L’escalade sur voie représente plutôt l’idée traditionnelle, le grimpeur est doté d’une corde et monte une longue paroi en s’accrochant à des ancrages. L’escalade de vitesse consiste à grimper un mur, aux prises toujours identiques dans toutes les compétitions, le plus rapidement possible. Un casse-tête d’entrainements éreintants pour les athlètes qui désirent se surpasser avec le format combiné, puisque la plupart sont seulement spécialisés dans une ou deux disciplines.

Henning Schlottmann_Speed climbing, at a promo event in Munich, Germany. Bassa Mawem (FRA) wins against Simon Bosler (GER).JPG Compétition d’escalade de vitesse | Henning Schlottmann (wikimedia commons)

Comment se déroulent la  sélection et l’entrainement des athlètes ?

Selon les résultats de la dernière coupe du monde d’escalade, qui s’est souscrit pour la première fois  de l’histoire au format combiné olympique, l’épreuve de vitesse rapporte gros dans les résultats finaux. A priori, on pourrait donc penser que les spécialistes de l’escalade de vitesse auront un avantage sur leurs confrères, mais il s’agit plutôt du contraire! « Le format combiné fera en sorte qu’on ne verra probablement pas les meilleurs athlètes ou performances dans chacune des disciplines. Ce sera surtout vrai pour la vitesse dont les meilleurs athlètes n’ont normalement pas autant de facilité à se démarquer en bloc et en voie », affirme Sébastien Lazure. Les champions du monde d’escalade de vitesse montent leur mur en sept secondes, alors qu’en combiné les athlètes visent plutôt une performance de sept secondes et demie à huit secondes et demie.  La différence semble infime, mais cela leur laisse l’occasion de s’entraîner d’une manière équilibrée dans toutes les disciplines. Les athlètes seront sélectionnés selon leurs résultats aux prochains championnats continentaux et internationaux, auxquels ils se préparent avec des entrainements rigoureux et complexes. « Le plus grand défi c’est la différence des exigences physiques des trois disciplines!  J’ai appris à mettre à l’avantage des athlètes les bénéfices d’une discipline en les transposant à une autre,  plutôt que d’entrainer chaque discipline individuellement », résume Andrew Wilson.

654px-BW_2012-08-26_Sean_McColl_CAN_0865_Henning Schlottmann.JPG Sean McColl | Henning Schlottmann (wikimedia commons)

Le Canada a-t-il une chance de remporter l’or ?

Il est trop tôt pour savoir exactement qui se qualifiera pour les différentes équipes nationales, mais le Canada met toutes les chances de son côté en misant entre autres sur les athlètes Sean McColl et Alannah Yip. McColl a fait de l’escalade en combiné sa spécialité bien avant l’annonce du format olympique, il a été sacré par trois fois champion du monde dans cette discipline, en 2012, 2014 et 2016, avant d’être détrôné lors du dernier championnat par l’Autrichien Jakob Schubert. Alannah Yip est une étoile montante dans le monde de l’escalade, en 2017 elle devenait la première Canadienne à se qualifier pour la finale de la coupe du monde de bloc de l’IFSC.  Les athlètes canadiens feront toutefois également face à des sommités du monde de l’escalade qui se mettent eux aussi au combiné, comme le Tchèque Adam Ondra, qui remportait déjà l’argent à la dernière coupe du monde de l’IFSC, malgré son expérience réduite en escalade de vitesse.

800px-Chalked_Hands.jpg Abbottportraits (wikimedia commons)

Qu’est-ce qui est à surveiller d’ici 2020 ?

Tout. Si l’escalade est un sport en constante ébullition, la décision du comité olympique de l’intégrer au programme a déclenché une véritable éruption. L’entraineur de l’équipe nationale ne cache pas son émerveillement : « Même si je suis dans ce domaine depuis 25 ans, j’ai l’impression que tout est nouveau! C’est très excitant, car il y a tant à apprendre, tant d’opportunité pour tout le monde d’impliquer, mais cela veut aussi dire que les choses changent tout le temps ! »

climber-on-the-rock-1499677635O6C.jpg L’escalade tradiotionnelle n’est pas près de disparaitre… | George Hodan

De quelle manière cela va-t-il affecter la pérennité de ce sport?

Avec les nombreux gymnases d’escalade qui apparaissent dans les grands centres urbains depuis quelques années, la croissance est sur une lancée! À Montréal, plusieurs nouveaux centres d’escalades ont ouverts leurs portes, surtout dans la discipline du bloc, qui attire les foules, si bien que des athlètes d’un peu partout viennent visiter la métropole. La ville a également été l’hôte d’un événement de psicobloc cette année, dans lequel les sportifs devaient monter un mur de 16 mètres sans corde, au dessus d’une piscine. Selon Andrew Wilson, cette évolution du sport va permettre une plus grande reconnaissance des athlètes qui le pratique.  «Les athlètes comme Sean et Alannah qui font cela depuis longtemps voient l’opportunité de compétitionner au plus haut niveau et d’obtenir la reconnaissance qui vient avec, c’est fantastique! Ils sont tout aussi dédiés que tous les autres athlètes dans le monde et maintenant ils ont une chance de le démontrer!  »

Sources :

http://www.ifsc-climbing.org/
https://www.climbing.com/news/climbing-officially-approved-for-2020-olympics/