Qu’est-ce que la littérature LGBTQ+ ?

Plus connue sur Internet comme littérature gaie et lesbienne, la littérature LGBTQ est assez répandue en Amérique du Nord, et également au Québec.

Si les premiers personnages et histoires LGBTQ remontent à l’Antiquité avec les textes de Platon et Sappho, aujourd’hui ils sont souvent mis de côté et censurés par les maisons d’édition qui les considèrent « non viables ».

En effet, ce genre de littérature est également une source d’information qui propose une nouvelle perspective sur la vie de quelqu’un qui appartient à la communauté LGBT. Par contre, l’histoire de la littérature LGBTQ est loin d’être prise en compte. Toutefois, selon Publishers Weekly, magazine américain d’actualité, le nombre de livres LGBTQ a augmenté ces dernières années. En 2014, les maisons d’édition les plus connues ont sorti 47 titres de littérature LGBTQ jeune adulte. L’année suivante le nombre de romans du genre augmentait légèrement, jusqu’à atteindre 79 romans LGBTQ en 2016.

weanimals-fatherson.jpg Pinterest

Pourquoi inclure la littérature dans un festival de films ?

« Notre définition de ce qui est queer est assez large, et c’est une bonne chose. » Avec cette phrase, Charlie Boudreau, directrice du festival du film queer Image+Nation de Montréal, présente la thématique de l’événement annuel qui célèbre sa 31e édition du 22 novembre au 2 décembre 2018.  (Entrevue, 22 novembre 2018)

Pour la première fois, les organisateurs d’Image+Nation décident d’introduire la littérature au cinéma. « À chaque année, il y a des thématiques qui ressortent et cette année il y avait au moins quatre films qui étaient des adaptations de romans au cinéma », explique Charlie Boudreau. Tout est en collaboration avec la soirée littéraire The Violet Hour, dont l’organisateur et hôte est l’écrivain québécois Christopher DiRaddo. Au programme du festival, il a été prévu un atelier littéraire avec Justin Torres, écrivain canadien et auteur de We The Animals, dont l’adaptation cinématographique a été projetée au Cinéma Impérial de Montréal le 28 novembre 2018.

Le festival a une particularité : il suit la carrière des auteurs dont les oeuvres ont fait partie d’éditions précédentes d’Image+Nation. Selon Charlie Boudreau, le festival « maintient un peu ce qui est unique d’être queer, mais en même temps l’universalité de ce que c’est un être humain dans le monde ».

3.jpg Louise Hammouda

Où se situe la littérature LGBT sur la scène québécoise ?

En plus de produire et de présenter The Violet Hour, Christopher DiRaddo est conseiller à la programmation LGBTQ+ pour le festival Metropolis bleu. Lors de sa 20e édition, en avril 2018, le festival de littérature a remis son premier prix littéraire LGBT. L’auteure québécoise Nicole Brossard est la lauréate du Prix Violet Metropolis bleu, qui récompense les écrivains notables de la littérature LGBT.

« Il y a vraiment une diversité des voix LGBT dans la littérature au Québec et aussi au Canada, et avec des événements comme ça, on invite les gens à découvrir les écrivains de notre pays », explique Christopher DiRaddo.

Depuis 2012, Fierté Montréal consacre plusieurs jours à la littérature LGBT. L’organisme Fierté littéraire présente des micros ouverts, des soirées de lectures et des rencontres avec les auteurs québécois et canadiens. Lors de sa dernière édition, en août 2018, l’organisme a consacré une soirée au romancier et dramaturge montréalais Steve Galluccio. Connu pour sa pièce Mambo Italiano, adaptée en film puis diffusée dans une cinquantaine de pays, il a lu une de ses oeuvres à The Violet Hour, le 27 novembre.

4.jpg Louise Hammouda

Comment l’écriture influence-t-elle le cinéma ?

« C’est quand même des livres à thématique LGBTQueer qui ont été adaptés, donc c’est pas nécessairement une influence vers le cinéma », témoigne Charlie Boudreau. Selon elle, c’est une manière d’exposer la diversité des histoires et des personnages qui n’ont jamais été sous les projecteurs. « C’est ce qui fait un peu la beauté du festival ».

Pour sa part, Christopher DiRaddo, auteur de The Geography of Pluto, sorti en 2014, confie que ses histoires sont inspirées par des personnages membres de la communauté LGBTQ. « De temps en temps, le monde du cinéma prend inspiration des livres. […] Je pense qu’il y a des artistes qui donnent une deuxième vie à une oeuvre qui existe déjà […] et je trouve ça inspirant de voir une oeuvre dans deux façons comme livre et aussi comme film ». (Entrevue, 27 novembre 2018)

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Y a-t-il un format type de texte LGBT ?

Romans, nouvelles, poésies, contes : les écrits LGBT sont divers, et cette variété se retrouve dans les histoires racontées. Une simple recherche du mot « lgbt » dans le catalogue en ligne de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec le prouve.

« Je sais que, peut-être dans “LGBT” il y a beaucoup de diversité : les histoires lesbiennes, les histoires gaies, les histoires trans (…) Je pense que le coming-out story, l’histoire de sortie du placard, c’est peut-être un thème commun de beaucoup de littérature LGBT », croit Christopher DiRaddo.

Le 27 novembre, Christopher DiRaddo recevait les dramaturges québécois Michel-Marc Bouchard et Steve Galluccio et les auteurs de fictions Arshad Khan et Ann-Marie  Macdonald à The Violet Hour. Sur scène, chacun a narré une ou plusieurs oeuvres et le public a découvert autant de romans que de pièces de théâtre.

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Quel est le rôle de la littérature dans le militantisme LGBT ?

« La littérature, comme le cinéma, c’est une représentation […] c’est une image de personnes qui parfois ont été marginalisées, donc c’est toujours important d’avoir ces histoires-là. […] C’est important de se reconnaître », estime Charlie Boudreau.

Les données et statistiques en littérature sont rares, mais en 2017, sur 109 films produits par les plus grands studios, seulement 14 comprenaient un personnage lesbien, gai, bisexuel, transgenre ou queer. Ce sont 9 films de moins qu’en 2016, rapporte l’Alliance Gaie et Lesbienne Contre la Diffamation (GLAAD), qui répertorie et analyse chaque année la représentation des personnes LGBT dans les médias. Le film Call Me by Your Name, romance gaie du réalisateur italien Luca Guadagnino, cumule 89 prix et 210 nominations, dont un Oscar de la meilleure adaptation et un BAFTA du meilleur scenario. Publié en 2007, le roman original d’André Aciman est un best seller.

« Pour moi, les livres LGBT c’est vraiment comme un endroit où je me suis vu moi-même. Et il y a des histoires que je lis chaque deux-trois ans parce que ça m’a touché quand j’étais jeune. Et ce sont des histoires qui me donnent le pouvoir avec mon écriture aussi », confie Christopher DiRaddo.

Sources:

https://www.glaad.org/sri/2018/overview
https://www.gallimardmontreal.com/catalogue/litterature/litterature-gay-lesbienne