L’Histoire désavantage-t-elle le parti au pouvoir ?

Les midterms sont bien souvent une épée de Damoclès au-dessus du président actif. Depuis 1910, en 27 élections de mi-mandat, seulement six d’entres-elles ont été favorables au parti du président en place.

Si Donald Trump a accéléré le pas à travers ses politiques avant les élections de mi-mandat, c’est qu’il veut s’assurer que les électeurs, qui l’ont porté au pouvoir en 2016, voient dans son bilan un verre à moitié plein et pas à moitié vide. La renégociation de l’ALENA entre les trois pays nord-américains a rassuré l’électorat de plusieurs États républicains en voie des midterms : «Boucler le dossier de l’ALENA envoyait un bon signal aux électeurs de ces régions potentiellement inquiètes : voyez comme notre stratégie commerciale finit par payer, ne nous sanctionnez pas le 6 novembre.», explique Alexis Rapin, chercheur à la chaire Raoul-Dandurand.

La confirmation hâtive de Brett Kavanaugh comme juge à la Cour suprême des États-Unis le 6 octobre 2018 est aussi une observation qui pousse à croire que le poids politique qui se joue lors des élections de mi-mandat et déterminant pour le président. Alexis Rapin souligne cette réalité contraignante pour les présidents qui y font face : « [Pour ces élections], la crainte des républicains était bien évidemment de perdre leur majorité au Sénat (un scénario qui entre-temps est devenu beaucoup moins probable), ce qui les aurait forcés à devoir nommer un juge plus modéré une fois les midterms passés.»

000_19U03B.jpg AFP Roberto Schmidt

Le vote des femmes sera-t-il décisif ?

Avec les récentes accusations d’agressions sexuelles entourant le nouveau juge à la Cour Suprême, Brett Kavanaugh, et considérant la force politique que représente le mouvement #MeToo au États-Unis, plusieurs analystes estiment que le vote des femmes blanches sera crucial lors des élections de mi-mandat.

53% d’entre elles avaient voté pour le candidat républicain en 2016, malgré tous les scandales entourant Donald Trump. Si leur vote est déterminant, ce n’est pas parce qu’il est «plus volatile qu’un autre», estime le chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand, Alexis Rapin, mais plutôt parce que leur taux de participation est plus élevé que celui des hommes (de 3% à 4% selon Alexis Rapin), « et le fait qu’un nombre record de femmes figurent parmi les candidats de ces midterms peut potentiellement accentuer leur mobilisation», ajoute le chercheur (entrevue réalisée par courriel le 17 octobre 2018).

Alexis Rapin estime d’ailleurs qu’on voit trop souvent ce groupe «de manière un peu trop monolithique», que les enjeux qui touchent ces dernières dépassent celui du genre et des agressions sexuelles. En bref, il y a des femmes fidèles au Parti Républicain et d’autres qui considèrent qu’il y a des enjeux plus importants, comme l’économie, explique le chercheur.

IMG_20181018_104417.jpg Michaël Laforest

Comment les partis s’y prennent pour convaincre ? 

La course au Sénat sera ardue pour les démocrates puisque seulement 35 des 100 sièges sont en jeu lors de ces élections. Ces derniers doivent conserver les 23 sièges démocrates qui sont en jeu, en plus de remporter deux des neufs sièges républicains. Ils sont cependant les favoris pour remporter une majorité à la Chambre des Congrès.

Pour séduire l’électorat, les républicains capitalisent sur l’immigration et les démocrates, sur un système de santé universelle, «un choix judicieux», selon Alexis Rapin, puisque 70 % des américains se disent favorables à un tel concept.

En ce qui concerne l’immigration, les deux partis proposent «des mesures migratoires radicales mais pas nécessairement réalistes», affirme Alexis Rapin. Les troupes démocrates souhaitent abolir ICE, l’organe gouvernemental en charge de mettre en application les lois migratoires, et certains républicains veulent abolir le droit de citoyenneté à la naissance, ainsi les enfants d’immigrants ne seraient pas de facto des citoyens américains. 

us-capitol-477987_1920.jpg Pixabay

La balance du pouvoir se joue-t-elle au Sénat ou au Congrès ?

Toutes élections confondues, la perte d’une des deux Chambres comporte son lot complications pour le président élu. Le Sénat est sans doute l’instance qui permet de bloquer systématiquement les projets émanant de la Maison-Blanche. Il serait dévastateur pour le président, Donald Trump en l’occurrence, de perdre l’appui partisan de la Chambre haute.

En contrepartie, le Congrès, qui passera fort probablement aux mains des démocrates, pourrait tout autant nuire au président. « La Chambre est investie d’importants pouvoirs d’enquêtes, ce qui donnera l’occasion aux démocrates d’investiguer agressivement les conflits d’intérêts et autres soupçons d’irrégularités entourant l’administration Trump», note Alexis Rapin.

Somme toute, la politique étrangère des États-Unis reste une sphère où le président à la grande majorité des pouvoirs. « Le Congrès n’a que peu de pouvoirs en la matière, Trump pourra donc s’adonner à d’importantes initiatives s’il le souhaite […] comme un nouvel accord avec l’Iran par exemple», précise-t-il. Le pouvoir présidentiel reste très important peu importe l’issue du scrutin aux élections de mi-mandat. L’image des États-Unis à l’international et les politiques étrangères qui en découlent seront toujours une juridiction émanant de la Maison-Blanche.

063_1052399182.jpg AFP Michael Thomas

Être démocrate dans un État républician: un défi insurmontable ?

En 100 ans, de Théodore Roosevelt en 1904 à George W. Bush en 2004, l’État du Missouri ne s’est trompé qu’une seule fois de candidat à la présidence : c’était en 1956. Or, depuis 2000, l’État vote systématiquement pour le candidat républicain, John McCain, Mitt Romney, puis Donald Trump.

L’État n’est pas rouge pour autant, l’un de ses deux sénateurs est une Démocrate. Le siège de Claire McCaskill (photo) est l’un des 23 sièges démocrates en danger lors de ces midterms. Elle est au coude à coude avec son adversaire, Josh Hawley, tout comme ses comparses au Nevada et en Arizona.

«La guerre commerciale avec la Chine pourrait frapper durement des régions traditionnellement acquises aux républicains, où des sièges importants sont en jeu», explique Alexis Rapin. La stratégie des démocrates dans ces États en danger repose principalement sur cet enjeu : leur but n’est pas de critiquer le président, mais de s’aligner avec les préoccupations de leurs électeurs.

White House-2652.jpg Clara Loiseau

Un frein au mandat ou à une future course à l’investiture ?

Bien qu’un président puisse perdre, aux élections de mi-mandat, l’appui législatif dont il a besoin pour gouverner le pays, rien ne prouve qu’il s’agit d’un frein à sa présidence dans l’optique où il se représenterait pour un second mandat. Que Donald Trump perde ou gagne des appuis à la Chambre des représentants ou encore au Sénat, le résultat n’est pas prémonitoire de la prochaine course à la présidence en 2020. Par contre, le 6 novembre servira de référendum à son mandat présidentiel.

La capacité du président à poursuivre sa plateforme législative, s’il perd la majorité au Congrès et/ou au Sénat, repose essentiellement sur la plateforme politique propre à chaque administration. Le projet Obamacare a plus ou moins abouti, car Barack Obama  avait besoin de l’appui du Congrès et du Sénat, mais il a perdu la majorité démocrate au Congràs et au Sénat en 2010.

Néanmoins, la perte d’une majorité au Congrès pourrait freiner les projets de Donald Trump. «D’autres enjeux, telle une grande réforme migratoire, sont beaucoup moins susceptibles de rencontrer un consensus bipartisan», explique Alexis Rapin. Cette réalité est d’autant plus visible étant puisque le président a accéléré le pas dans plusieurs dossiers en 2018 étant donné qu’une défaite républicaine est de plus en plus palpable à la Chambre des représentants.

Sources :

https://www.theguardian.com/us-news/2016/nov/10/white-women-donald-trump-victory
https://projects.fivethirtyeight.com/2018-midterm-election-forecast/senate/?ex_cid=rrpromo
https://projects.fivethirtyeight.com/2018-midterm-election-forecast/house/?ex_cid=midterms-header

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